jeudi 7 avril 2011

GASLAND | Pas de Gaz de Schistes Hérault

GASLAND

Conférence-débat « Quel avenir sans pétrole » 21 avril 2011

Conférence-débat « Quel avenir sans pétrole »
21 avril 2011 / Paris 17e

Conférence-débat sur des alternatives et capacités à surmonter les crises à venir avec Benoît THÉVARD, Ingénieur en génie énergétique

La fin prochaine du pétrole bon marché est une perspective de plus en plus admise, mais encore trop peu prise en compte dans les réflexions de société. Le réseau IDF pour les initiatives en transition organise cette confé-rence à la suite de la projection-débat du film documentaire « La Fin des Banlieues » (Gregory Greene, 2004) évoquant ce « pic pétrolier » et ses conséquences sur le mode de vie en zone périurbaine. Nous souhaitons mieux comprendre les réalités et les enjeux, pour réfléchir sur les pistes de sortie « par le haut », à construire ensemble.

Benoît Thévard est Ingénieur Conseil en énergie et résilience des territoires, et mène des activités de préparation de l’après pétrole, de « Bilan Résilience territorial », de conseil en énergies renouvelables, de conférences et de sensibilisation. Il est créateur et animateur du blog « Un avenir sans pétrole? » et du site « Pédagogie pour un Avenir sans Pétrole ».

  • Date : Jeudi 21 avril 2011
  • Heure : 19h30
  • Lieu: « La Plèbe »- 123 rue de Tocqueville 75017 Paris
  • Comment s’y rendre:
    Métro : Pte de Clichy, Villiers <10 mn de marche>
    Bus : 53, 31
    RER C : Pereire-Levallois (+navette rue ampère, arrêt « Pte d’Asnières »)
    En train, à partir de Saint-Lazare : Pont Cardine
  • Organisé par TRANSITION PARIS-ILE-DE-FRANCE - Réseau de soutien aux initiatives de transition à Paris et en Île-de-France
    avec le soutien de
    l’association d’éducation populaire LA PLEBE.
  • Merci d’apporter de quoi partager une petite collation conviviale, avec un verre!

Votre équipe d'organisation

--
Réseau de soutien aux initiatives de Transition
à Paris et en Île-de-France

Email : transition.parisIDF(AT)gmail.com
Site http://transition-parisidf.ouvaton.org/

Transition en IdF samedi 9 avril 2011

Soirée

« Faire grandir le mouvement de la transition en Ile de France »

Samedi 9 avril, de 18h à 21h

à Paris, dans le 18e arrondissement


La soirée où toutes les pistes pour faire grandir le mouvement de la transition en Ile de France sont les bienvenues :

Retours d’expérience entre initiatives, capitalisation de connaissances sur la manière de traiter nos problématiques, réalisation d’un documentaire sur le mouvement ville en transition, organisation de rencontres régionales d’initiation à la transition…

Le format de la soirée : le lancement convivial d’un forum ouvert* dont les ateliers ont lieu entre les réunions

  • Un tour de table sur les avancées et les attentes de chacun. (Identification de nos problématiques prioritaires)
  • La place du marché : ceux qui souhaitent avancer sur un sujet le proposent au groupe.
  • Inscription aux groupes qui vont avancer sur ces sujets / Discussions en petits groupes thématiques/ Apéro convivial

Pour plus d’information sur le déroulé de la soirée, n’hésitez pas à consulter la page dédiée sur le réseau social Wiser Earth. http://fr.wiserearth.org/group/IDFeT_ProchainePleniere


*pour plus d’information sur le forum ouvert ou « open space technologie», vous pouvez consulter ce mind mapping :http://www.forumouvert.facilitation.fr/

Qui est invité ?

Tout citoyen souhaitant faire grandir le mouvement ville en transition en Île de France et étant déjà familiarisé avec le mouvement. En effet, il n’y aura ni sensibilisation ni formation lors de cette soirée. Par contre nous apprendrons beaucoup par retours d’expériences en petits groupes d’actifs du mouvement.


Vous pensez que cette soirée est faite pour vous? Inscrivez vous en remplissant le bulletin d'inscription suivanthttps://spreadsheets.google.com/viewform?formkey=dEM0NUFydVNVbjBkTjd4RVhQNk1MbXc6MQ


Infos pratiques, en bref


Au plaisir de vous y (re)voir !

Thomas, Laura, Corinne, Gilles, Charles...

Rencontres Relier : « Eco Habiter solidaire en milieu rural » - APEAS


Rencontres Relier : « Eco Habiter solidaire en milieu rural »

Dans le cadre d'un cycle de rencontres sur l'habitat rural, RELIER (Réseau d'Echange et de Liaison des Initiatives en Espace Rural) vous convie à un moment d'échanges de pratiques. Ces rencontres sont imaginées comme des mises en chantier d'une problématique, l'occasion de construire d'autres pistes, de tisser des liens...

RELIER, le Pays Nivernais Morvan et la Région Bourgogne ont engagé des réflexions sur l'habitat et le bâti : l'habitat identifié comme problème crucial pour ceux qui souhaitent s'installer et vivre à la campagne, mais aussi comme un gisement d'activités.

Ces temps d'échange et de rencontre sont en résonance avec d'autres travaux de RELIER sur les alternatives de financement pour un habitat écologique et solidaire, l'urbanisme participatif et créatif, l'accompagnement des projets d'éco habitat groupé et l'habitat choisi.

Lieu des rencontres

En Bourgogne au centre de recherche archéologique de Glux en Glenne, en partenariat avec le Pays Nivernais Morvan et la Région Bourgogne dans le cadre du programme « Habitat rural en Massif Central » porté par RELIER et soutenu par la DATAR Massif Central, le FEDER et les régions Auvergne, Rhône-Alpes, Bourgogne, Limousin, et Midi Pyrénées.

Le contexte

Les territoires ruraux sont en pleine évolution et rencontrent de nombreux défis à relever. Se loger dans les territoires ruraux est devenu très difficile pour les nouveaux arrivants, les créateurs d'activités, les personnes en difficultés. Le coût d'un achat dépasse largement les capacités financières de ces personnes. L'offre de logements locatifs est très faible et leur coût élevé, de part la présence importante de résidences secondaires, de gîtes et des propositions de logements sociaux réduites ou inexistantes. Dans ce contexte, collectivités et habitants inventent des solutions sans qu'il n'y ait de projets collectifs et solidaires ou de lien social pour permettre à chacun d'accéder à un logement. Ainsi chaque année des porteurs de projet quittent le territoire faute de logement, et les personnes en situation de fragilité économique et sociale passent une bonne part de leur énergie à la recherche de leur habitat.

Ce cycle de rencontres a été initié suite aux travaux de chercheurs, d'associations, de collectivités locales qui ont mis en évidence la difficulté de l'accès à un logement et la nécessité d'une prise en compte politique de l'habitat en Massif Central.

En complément des différentes thématiques abordées lors de rencontres précédentes (sens de habiter, démarches collectives, écologie, création d'activité, rôle des élus) et des pistes de travail dégagées (financement solidaire, habitat groupé, auto construction), il a été souhaité avec le Pays Nivernais Morvan et la Région Bourgogne de poser quelques questions transversales permettant de mettre en lumière des solutions innovantes pour mieux habiter nos espaces ruraux :

  • Quels besoins en logement pour le maintien des jeunes dans le tissu social rural, pour favoriser la mixité sociale, générationnelle ?
  • Quels sont les outils financiers publics, privés, publics/privés, solidaires existants ?
  • Quel accompagnement pour les projets d'habitat groupé écologique à loyer modéré en milieu rural et ses limites ?
  • Comment attirer des investisseurs pour du logement dans les bourgs-centres ?
  • Comment développer des logements à loyer modéré et de haute qualité environnementale en prenant en compte les filières courtes, la participation des habitants et l'implication des bailleurs ?

Déroulement des rencontres

Ces rencontres se dérouleront en 4 temps principaux (tables rondes, analyse d'expériences, ateliers et échanges conviviaux dans les moments informels) :

Première journée : 7 avril 2011

  • 9h – 10h Accueil, Inscription, Photos, Présentation
  • 10h – 13h Table ronde : présentation du cadre actuel des politiques de l'habitat, de leur limites et de la spécificité des espaces ruraux.
  • 13h - 14h30 Déjeuner
  • 14h30 - 16h Ateliers de travail
  • 17h – 19h30 Témoignages d'expériences, projection-débat
  • 20h30 Dîner et soirée conviviale

Seconde journée : 8 avril 2011

  • 9h - 12h30 Ateliers de travail
  • 12h30 - 14h Déjeuner
  • 14h – 15h Restitution des ateliers
  • 15h – 17h Plénière de clôture : Débat et pistes d'actions

Table ronde d'ouverture

Accueil par Jacques Simonot – Maire de Sermages et Vice Président du Pays Nivernais Morvan « Accés à l'habitat, Expériences alternatives et pouvoirs publics »
Marc Uhry – Fondation Abbé Pierre
Jean Claude Bontron - (géographie) sur les problématiques de l'habitat dans les différents espaces ruraux.

Ateliers définis à l'issue des réunions de préparation

  • Atelier 1 : Quelles interventions publiques pour l'habitat à loyer modéré en milieu rural ? Avantages, inconvénients, limites. Comment repérer les besoins du territoire et des habitants ? Quelles interventions des collectivités ? Quelle place de l'habitat social dans les territoires ruraux ? Quelle gestion locative ?

Témoignages pressentis : Mairie de Beaumont et ses logements sociaux modulables, Villages avenir avec la communauté de communes du Sud Morvan, Région Bourgogne, Bailleurs sociaux (Habitat et développement), Pays Tonnerois

Animation : RELIER

  • Atelier 2 : Quels types d'investisseurs publics, privés, mixtes, pour accéder à un habitat ? Existe-t-il des outils de finances solidaires sur nos territoires qui permettent d'investir dans de l'habitat écologique et solidaire ? Quels sont ces outils s'ils existent ? Sinon quels sont ceux à inventer ?

Témoignages pressentis : Terre de liens, Habicoop, Habitat et Humanisme, La Nef, SCIC Habitats solidaires.

Animation : RELIER

  • Atelier 3 : Quelle approche de l'urbanisme en milieu rural ? Quelle maîtrise de la gestion foncière ? Comment appréhender l'étalement / la densité de l'habitat ?Quels documents d'urbanisme ? Pour quelle territorialité ? Quel accompagnement pour les communes rurales ? Quelle est la place des différents acteurs ? Comment mobiliser les communes et propriétaires sur les logements vacants ?

Témoignages pressentis : PNR Morvan et son PIAGE (Plan Intercommunal d'Aménagement et de Gestion de l'Espace), DREAL, CAUE 58, Terre de liens Bourgogne-Franche Comté, communauté de communes des Monts du Pilat.

Animation : Région Bourgogne

  • Atelier 4 : Comment développer des filières courtes et écologiques autour d'un habitat durable et digne ? Comment développer ces filières courtes pour dynamiser l'économie locale ? Comment organiser l'évolution des savoir-faire face à l'utilisation de nouveaux matériaux ? Quelles offres de formation pour répondre à ces enjeux ?

Témoignages pressentis : Chênelet Construction, Ecodomaine des Gilats, ARTHEMA, Construire en chanvre, DIREN.

Animation : RELIER

  • Atelier 5 : Population jeune, population âgée : habitat dédié ou habitat intergénérationnel ? Quels sont les facteurs décisifs dans le choix d'un habitat dédié ou intergénérationnel ? Quelles sont les conditions de réussite pour un projet de logement intergénérationnel ?

Témoignages pressentis : Toits etc-, Hameaux durables en Cévennes, Association pour la Promotion de l'Ecohabitat sur le Plateau de Millevaches.

Animation : Pays Nivernais Morvan.

Plénière de clôture

Christian Paul – Vice Président de la Région Bourgogne Animation : Xavier Lucien du réseau des CREFAD -Centre de Recherche d'Etude et de Formation à l'Animation et au Développement-

Et aussi ...

Projections de « Un Monde pour soi » (PNR Morvan) et « Portraits de lieux en vie » (RELIER)

Soirée conviviale autour d'animations artistiques et culturelles jeudi soir (animation musicale à partir d'enregistrements des échanges de la journée / jeux coopératifs).

Contact : RELIER – 2 rue Michelet – 12400 St Affrique
05 65 49 58 67
rencontres@reseau-relier.org



Fwd: Serres: "Nous sommes à la fin d'une ère" - Infos - GNY / le jdd.fr - SFEN VdL



Serres: "Nous sommes à la fin d'une ère"

http://www.lejdd.fr/International/Actualite/Michel-Serres-293539/?sitemapnews

On note la prise de position pour le nucléaire (EG)

Ce Gascon de 80 ans est incroyable. Célèbre au Japon avant d'être connu en France, professeur à Stanford en Californie et académicien, il promène sur le monde son regard d'éternel jeune homme. À contre-courant. Comme le Sphinx, qui avait sa question fétiche pour ses visiteurs ("Quel est l'animal qui marche à quatre, puis deux puis trois pattes?"), le malicieux Michel Serres a la sienne: "Quel est l'événement le plus important du XXe siècle?" Le Sphinx s'était jeté de la falaise après la bonne réponse d'Œdipe. Michel Serres, à ce jour, n'est tombé sur personne qui trouve "sa" bonne réponse*. Heureusement! Et puis au lieu de dévorer les ignorants de passage, comme le faisait l'animal grec, notre animal gascon les instruits. Enfin, il tente, le bougre…


Le Japon donne un spectacle de fin du monde. . . Est-elle pour bientôt?
Il y a déjà eu cinq grandes catastrophes, il y a des millions d'années, qui ont éradiqué entre 90 et 95% du vivant. Elles étaient consécutives à des chutes de météorites ou à des volcans. Nous sommes certainement nés d'une de celles-là. La Terre elle-même est née comme cela, de plusieurs météorites qui ont choqué! Notre planète est à la fois une catastrophe et une naissance. Des séismes comme celui du Japon, il y en a déjà eu beaucoup. Ce n'est donc pas la sixième fin du monde…

Vous avez déclaré que "tout écologiste sérieux devrait être pour le nucléaire"... Maintenez vous la formule?
Je ne sais pas trop. La question n'est pas simple et elle est double. Il y a d'abord la question de l'énergie. Il y a aussi l'urgence de limiter les émissions de monoxyde de carbone. Pour le moment, l'énergie nucléaire est la plus propre.

Tant qu'il n'y a pas d'accident!
Il y aura un avant et un après Fukushima, c'est un événement mondial. Une catastrophe mondiale. Une catastrophe au sens littéral du mot, le "bord", une "coupure"… Mais à mon sens, il faut faire attention à la réaction à chaud. Merkel a arrêté les centrales nucléaires allemandes, mais elle a besoin des voix des Verts. C'est une réaction politique. Si demain matin il y a un débat sur le nucléaire, ce sera un bouc émissaire évident… Moi, je veux bien: je ne prends plus ma voiture quand je suis à Paris, je marche à pied. Il m'arrive de marcher quatre heures pour aller travailler. Je suis à une heure et demie de Bruxelles, j'y étais la semaine dernière et je ne le dis même pas à ma femme, c'est comme aller à la Défense. Lyon est à deux heures et Londres à deux heures et demie. En fait, j'habite "Palobru", Paris, Londres et Bruxelles à la fois. Grâce à quoi? À des dépenses d'énergie colossales! Quand mon grand-père est allé à San Francisco, il a mis six mois en goélette par le cap Horn. J'y vais deux fois par an, en douze heures d'avion. Si on voulait pédaler sur un vélo pour recharger son téléphone portable, il faudrait pédaler deux jours et demi! Voilà le débat qu'il faut poser. Pour le moment, on n'a pas de solution de rechange au nucléaire. On peut tout arrêter, mais on revient à la bougie…

Qu'est-ce que ça serait une société sans énergie?
Une société du Moyen Âge. Les éoliennes, ce sont les moulins à vent du Moyen Âge. L'énergie, la machine à vapeur, c'est justement la société industrielle du XIXe siècle. Comment faire une société où l'on dépense moins d'énergie? Pour venir jusqu'à chez moi à scooter, vous avez dépensé du pétrole et vous avez émis du CO2. Vous avez mangé chaud à midi, vous mangerez chaud ce soir. Votre alimentation vient d'Afrique du Sud, du Maroc… Ce débat-là met en question la totalité de nos conduites et de nos comportements.

Comment vit-on avec un potentiel de catastrophe aussi "certain"? C'est effrayant...
Il y a des catastrophes bien plus effrayantes dans l'histoire de l'humanité. À la fin de l'Empire romain, il y a une chute démographique telle qu'il faut attendre le XVIIe siècle pour retrouver le même niveau de population en Europe. On ne sait pas pourquoi la natalité a baissé à ce point. Il y a eu des effondrements de population gigantesques : on pense maintenant qu'au début du néolitihique, quand nos ancêtres se mettent à élever des moutons, il y a 12.000 ans environ, le passage des bactéries animales à l'homme a fait des dégâts considérables. Ce n'est pas étonnant que les grands textes de l'humanité commencent presque tous par un déluge. Il y a un déluge chez les hindous, chez les Égyptiens, chez les juifs, chez les Grecs… Ce qui prouve que nous sommes les enfants d'une catastrophe de ce genre. Nous sortons d'une période, depuis le début du XIXe où la Terre a été étonnament calme. On pense même aujourd'hui que la révolution industrielle et les progrès en Occident ont été possibles pendant une sorte de période d'assoupissement de la Terre. Et là, elle se réveille. Depuis que l'échelle de Richter a été créée, dans les années 1935, il n'y avait pas eu de 9. C'était le premier. On sait aussi qu'il y aura trois "Big One". Un sur la faille de San Andreas, en Californie. Un deuxième du côté d'Istanbul, et puis un troisième au Japon, où trois plaques s'emmêlent. On se sait pas quand…

Comment expliquez-vous le grand calme des Japonais?
Ils ont l'habitude du tremblement de terre… Et une grande sagesse. Au Japon, cela tremble tout le temps. Je me souviens d'un tremblement de terre au milieu de la gare. Cela dure longtemps. Personne ne bouge. Une autre fois, au théâtre. L'acteur a marqué une pause un instant et a continué. Les Japonais ont une culture du séisme. La première fois que j'y suis allé, j'avais apporté un panier de fraises. Mes amis japonais avaient commencé par manger les meilleures. Cela m'avait étonné. Ils m'avaient dit "au cas où"… On peut toujours mourir. Dans leur quotidien, ils n'ont pas la même conduite que nous. La mort est chez eux une compagne invisible. Cela forme un groupe, des individus très différents.

Très différents de nous, Français?
Nous, ici, en France, on ne risque jamais rien! On est le seul pays du monde à zéro risque! Dans le dictionnaire des risques, il n'y a pas la France. Je dis souvent, on n'a pas le droit de dire qu'il fait chaud tant qu'on n'a pas été à Bamako. On n'a pas le droit de dire qu'il pleut tant qu'on n'a pas été en Équateur. On n'a pas le droit de dire qu'il fait froid tant qu'on n'a pas été au Labrador l'hiver, et on n'a pas le droit de dire qu'il neige tant qu'on a pas été à Buffalo, sur les Grands Lacs… La France est un pays exceptionnel! Exceptionnel au niveau du climat, entre le pôle et l'équateur. On a les meilleurs fromages, les meilleurs vins, une agriculture formidable. Alors forcément, dès qu'il arrive une catastrophe quelque part, vu d'ici, c'est la fin du monde ! On est à l'inverse des Japonais. Comme on ne risque rien, on s'affole de tout!

Vous ne pensez pas que nous vivons une parenthèse? Que douze heures pour faire Paris- San Francisco, cela ne va pas durer éternellement?
Oui. Cela ne peut pas durer. On est en train de griller toute l'énergie de la planète. Il n'y a pas de doute. Dans un grand magasin américain, la moyenne de provenance des produits est de 10.000 km. Le volume des déchets sur terre a atteint le volume de l'érosion naturelle. Cela ne peut pas durer très longtemps. Ce n'est pas la fin du monde, c'est la fin d'une ère. On termine une ère. C'est une période de l'humanité qui s'achève.

Vous avez écrit qu'on est entré en néolithique 2...
Oui, depuis quelques années seulement, moins de 3% des Français sont des paysans. Ils étaient plus de 75% au début du XXe. Il y a aussi d'autres facteurs de changement d'ère, comme la généralisation de la péridurale, par exemple. Aujourd'hui, les femmes accouchent à 92 % sans douleur. Autrefois, jusqu'à 40% des femmes mouraient en couches, c'était terrifiant. L'espérance de vie des femmes était de 30 ans en 1850, elle est de plus de 80 aujourd'hui. Cela aussi, ça change tout. Quand elles se mariaient à 20 ans, elles juraient fidélité pour dix ans… pas pour les soixante ans d'aujourd'hui. Quand mon père est parti à la guerre de 1914, il donnait une dizaine d'années de vie à son pays ; aujourd'hui, un jeune de 20 ans, on lui demande de donner soixante ans de vie! En quelques années à peine, le rapport à la nature, à la naissance, à la vie, à la mort, à l'accouchement, tout a changé. Sauf les institutions de l'ancien monde. On ne vit plus dans le même espace. Regardez le Japon, le fait que l'on soit au courant, en temps réel, et de façon extrêmement précise de ce qui se passe à Fukushima, qui est au bout de mon jardin, cela aussi cela change tout. On est tous devenu voisins.

* Pour Michel Serres, l'événement le plus important du XXe siècle est "la fin de l'agriculture".

Laurent Valdiguié - Le Journal du Dimanche

Samedi 02 Avril 2011



mardi 5 avril 2011

Fwd: conférence entrepot 27 avril


En espérant bien vous retrouver, à cette occasion
Avec toute mon amitié
Michèle


Mercredi 27 avril 2011 à 19h30

 

"Communautés pionnières : Quels enseignements ? "

 

Une conférence de Michèle DECOUST et Frédérique BASSET

 

L'équipe de Biosphère 2 aux Etats-Unis, la communauté de Findhorn en Ecosse, celle d'Auroville en Inde, sont toutes trois des communautés cosmopolites et pionnières qui, depuis 40 ans, soit déjà deux générations, inventent un autre rapport à l'écologie, l'économie, l'éducation, la créativité, le corps…Bref, elles tentent d'incarner une autre manière de vivre ensemble, tout en intégrant la vision d'un Humain plus évolué, développant ses multiples potentialités, et relié à une transcendance ou conscience plus élevée.

Loin d'être des modèles idéaux, leur longévité, leur dimension internationale, leur approche holistique et transdisciplinaire de l'homme et de son environnement, en font des laboratoires d'idées et de solutions dans tous les domaines, pour nous aider à répondre aux défis actuels de nos sociétés et de notre Planète si menacés.

 
 
 

plan d'accés entrepôt

 
 

ADRESSE ET TELEPHONE

L'entrepôt 7/9 rue Francis de Pressensé

75014 PARIS

Tél.  01 45 40 07 50 - lentrepot@lentrepot.fr

ACCES

Par le METRO : ligne 13 • Pernety

Par le BUS : Ligne 62 • Plaisance - Hôpital St-Joseph

Ligne 91 • Place de Catalogne

En VELIB : Station Vélib en face du métro Pernety

PARKINGS PUBLICS : Rue du Commandant Mouchotte

Allée de chef d'escadron de Guillebon


jeudi 31 mars 2011

Entretien avec Michel Saloff-Coste par Eric Caulier. Paris, janvier 2011.

Entretien avec Michel Saloff-Coste par Eric Caulier. Paris,  janvier 2011.

 

EC. : Pouvez-vous me parler de votre vécu, de l'expérience créative dans votre pratique, dans vos arts ?

 

MSC. La question du vécu tourne autour de l'expérience elle-même, sans l'aspect théorique. Je vais essayer de parler de mon expérience et ensuite comment cela m'a amené à y réfléchir.

 

Même si cela part de l'expérience, je pense que ce n'est pas interdit de réfléchir...

J'ai été amené à la créativité très jeune, parce que j'avais tendance à vouloir inventer les choses. Par exemple, quand je regardais mon programme scolaire, je découvrais les multiplications et j'avais envie de les réinventer.

 

J'étais plus intéressé par le processus de création personnelle que par le fait d'apprendre de quelqu'un d'autre une formule toute faite. J'avais par rapport à la connaissance, le désir ou le besoin de la créer moi-même.

 

Cela posait des problèmes avec le maître d'école parce que je proposais les multiplications à ma manière. Quand j'arrivais en classe, je voulais en donner les explications au maître. En général il était très énervé car il ne voulait pas entrer dans ma démarche. Il n'éprouvait aucune fascination pour ma solution. Dans le champ des connaissances classiques il ne m'était pas possible de proposer ma manière de voir.

 

Mais cependant, dans le domaine de la peinture, champ moins occupé, ma créativité était plus volontiers acceptée. Finalement, quand un enfant peint, on le laisse faire, d'autant plus que j'étais dans le milieu très d'avant-garde, (mon père était collectionneur de peintures contemporaines, mon grand-père était un peintre d'avant-garde contemporain). Et là, j'ai eu non seulement le droit de faire ce dont j'avais envie, mais en plus j'étais très encouragé.

 

J'ai eu des critiques négatives dans tous les domaines des connaissances classiques ou habituelles. Que ce soit en mathématique ou en rédaction, on me tapait sur les doigts dès que je voulais inventer. On me disait : « non, les mathématiques c'est cela et pas autre chose », «voilà comment on fait une rédaction ». Tandis que dans la peinture, non seulement on me laissait, mais en plus on m'encourageait dans la sphère privée.

 

A l'école il n'y avait pas vraiment d'espace pour cela. Mais j'avais ce petit réservoir-là.

Cela s'est renforcé tant et si bien qu'au final, toutes les autres matières ont cessé de m'intéresser parce qu'il n'y avait pas d'espace pour ma propre créativité.

 

Mais par contre, j'ai commencé à peindre à longueur de temps car là je pouvais faire les choses à ma manière et cela m'amusait.

Il y a ce contraste entre la peinture et les matières imposées à l'école.

 

La seule chose qui me plaisait à l'école, c'est lorsqu'on me proposait un espace libre pour faire une conférence sur des thèmes. C'étaient les seuls moments où je me sentais bien et très motivé. En général, cela marchait bien parce que j'avais des choses intéressantes à dire. On m'écoutait avec intérêt.

 

Dès que je n'étais pas dans un processus créatif, un effet immédiat d'endormissement m'envahissait. Le système scolaire tel qu'il était ne m'apportait rien d'enrichissant. Le fait de voir les gens ressortir des connaissances qu'ils répétaient comme des perroquets me semblait d'un ennui total.

 

Cependant, l'effet était différent avec les professeurs eux-mêmes créatifs. Alors, tout de suite, cela m'intéressait à nouveau et je suivais quelques cours avec délectation. Je me suis rendu compte assez rapidement que je me sentais en communion avec ces professeurs créatifs, car j'y étais très sensible. Heureusement que j'ai connu ces quelques professeurs qui se démarquaient du système scolaire classique. Ainsi, je n'étais pas complètement désespéré à l'école ! L'école m'a ouvert, malgré tout, grâce à ces professeurs créatifs qui étaient pour moi de véritables vecteurs.

 

Quand on étudie Rimbaud, même si le professeur n'est pas créatif, le sujet qu'on étudie est hyper créatif. Donc, le bon côté de l'école a été de me mettre en connexion avec un certain nombre d'oeuvres qui, elles, m'ont passionné.

 

Je me suis mis à lire beaucoup. C'était une manière concrète d'être en contact avec des auteurs créatifs et de voir l'émergence de la connaissance dans son jaillissement.

 

Je me suis très vite aperçu que pour moi, paradoxalement, les gens déjà morts étaient les plus vivants, car ils avaient laissé des traces d'œuvres significatives. Je me sentais en unisson avec eux. Par contre, les gens qui m'entouraient et qui étaient dans une sorte de reproduction du savoir, me semblaient être complètement morts.

 

Vers l'âge de quinze ans, j'ai même écrit un texte sur les morts avec qui je me sentais bien comme Rimbaud, Artaud ou Socrate et combien je me sentais loin des gens vivants autour de moi. Cela me posait une sorte de dissociation avec mon entourage qui s'est renforcée jusqu'à l'âge de dix-huit ans, au moment où je suis sorti du secondaire. Là, je ne savais pas trop quoi faire, parce que je sortais tout de même très détruit moralement de ces années de scolarité qui m'avaient fait beaucoup souffrir. La souffrance, c'était déjà de ne pas être 24 heures sur 24 dans un milieu créatif.

 

Je me suis posé la question de ce que je voulais faire. Par lentes éliminations successives, l'idée m'est venue de faire les Beaux-Arts. J'avais essayé les Arts Appliqués mais ils ne me semblaient pas assez créatifs. Aller à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts me semblait être le champ où j'allais pouvoir le plus entrer dans ma créativité.

 

Pour la première fois, à mon grand étonnement, après ces 18 ans de douleurs passés dans l'enseignement, je me suis retrouvé aux Beaux-arts, quai Malaquet, dans une atmosphère très différente, car mes études consistaient essentiellement à étudier des gens créatifs. Je me suis retrouvé avec des professeurs comme Singier, grand peintre de l'école de Paris. Cela fut très intéressant, ne serait-ce que la rencontre avec Gustave Singier !

 

Il était dans le non savoir, dans l'accompagnement, dans le questionnement de ce que je voulais moi-même créer. C'était déstabilisant pour moi, car admirant ce qu'il faisait, je croyais qu'il allait m'apprendre quelque chose ! Mais non ! Il était juste là, ne disait pas grand chose, mais il regardait.

Ces nouvelles personnes rencontrées étaient beaucoup plus proches de la logique de création. Et je me suis senti mieux...

 

J'ai fait beaucoup de dessins. Au début on commençait par le dessin du corps humain, qui était considéré comme la matrice universelle de tous les arts, et j'ai fait des dessins de nus huit heures par jour... Au-delà des techniques que nous apprenions, l'objectif à atteindre était d'apprendre à devenir un Peintre. Et devenir un Peintre, un créateur, était quelque chose d'assez mystérieux !

 

Je me souviens d'une phrase intéressante entendue dans le contexte de la création : « Aux Beaux-Arts, on ne peut pas vous garantir que vous serez un Peintre, mais vous saurez reconnaître un faux d'un vrai. » Cette phrase était assez mystérieuse. Je me demandais « qu'est-ce qu'ils veulent dire par là ? ». C'est vrai que cette phrase relevait bien du sujet, car le problème n'était pas tellement de savoir si on était soi-même créatif, mais de savoir reconnaître ce qui est authentique de ce qui est faux.

 

Les cinq années que j'ai passées aux Beaux-Arts ont été un espace de création, car pour la première fois, une institution m'offrait un tel espace. Je passais assez rapidement au delà des quelques cours techniques reçus. La plupart du temps, je travaillais sur ma création, sur mon acte créateur.

 

A force de voir des oeuvres, l'oeil se forme. On commence rapidement à reconnaître ce qui est du « réchauffé », c'est à dire quelqu'un qui répète un savoir qu'il n'a pas lui-même élaboré et qui ne soit pas lui-même l'espace du jaillissement de la connaissance. Cela ne peut se faire que dans une sorte de modestie extrême, parce que pour être dans cette authenticité-là, il faut être dans le lieu de l'inconnaissance.

 

Le cours avec Singier (il était très taoïste), consistait à se connecter par soi-même à sa source intérieure. C'est pour cela qu'il n'avait pas grand chose à dire, sinon de nous répéter : « là, tu es encore dans la technique, dans la référence. Quand arriveras-tu à toi, à ton essence ? »

 

La deuxième chance que j'ai eue, c'est qu'à la même époque, un ami m'a vivement conseillé d'aller à Vincennes écouter Gilles Deleuze.

 

J'ai eu la chance de le suivre pendant cinq ans. Il était extraordinaire, car il était arrivé à un niveau de maturité de son discours absolument étonnant. Je n'ai jamais retrouvé l'occasion de voir dans une salle cent personnes alors que celle-ci ne pouvait en accueillir que cinquante  ! Quatre heures durant, nous étions là, serrés les uns contre les autres, dans un silence impressionnant ! Nous étions conscients de vivre des moments exceptionnels.

 

Dès que je suis entré dans les cours de Gilles Deleuze, j'étais en état de lévitation et de totale écoute pendant quatre heures. Cela m'amusait d'être ainsi à l'inverse des cours classiques : dans ces cours, chacun attendait que quelqu'un pose une question qui nous fasse rire pour déclencher une hilarité qui nous sortirait de l'ennui.

 

Mais avec Gilles Deleuze, si quelqu'un posait une question, c'était tout juste si l'assemblée ne hurlait pas pour qu'il continue son cours ! Evidemment, le seul qui était réellement intéressé par la question était Gilles Deleuze ! Il rebondissait aussitôt dans une digression très intéressante. Il répondait toujours de manière extraordinairement profonde. Donc là, avec Gilles Deleuze, il y a eu une deuxième formalisation du savoir, de la création, de la connaissance.

 

Ce qui m'a beaucoup plu, c'est son livre sur Nietzsche, en tant qu'affirmation de l'acte de création, en tant que philosophe qui a pensé l'acte créateur. Peu de philosophes ont pensé l'acte créateur en tant qu'émergence et cela m'a énormément aidé à comprendre la création et à me comprendre moi-même, car toute ma vie j'ai souffert de ce que Nietzsche avait signifié de cette sorte d'humanité morte qu'il appelle « la réaction » et qui est toujours en négation de l'affirmation.

C'étaient mes deux ballons d'oxygène.

 

Evidemment se construisaient, progressivement, les deux grands axes de ma propre affirmation : les arts plastiques et l'écriture.

 

Pendant toutes ces années, je peignais, j'explorais les arts plastiques sous différents angles ainsi que les médias et je continuais à écrire.

 

Que ce soit dans la peinture ou dans l'écriture, j'étais maintenant confronté à mon acte créateur, puisque j'avais trouvé un espace où je pouvais l'explorer. Le challenge était de trouver mon écriture et ce que j'avais à dire, moi, personnellement.

 

Une chose peut être intéressante à dire, c'est le rôle de la psychanalyse à l'intérieur de cela.

 

Comme j'éprouvais des difficultés par rapport au système scolaire classique, très tôt, le corps enseignant a conseillé à mes parents de me faire suivre par un psychologue... J'ai donc vu un psychologue dès l'âge de sept ans.

D'ailleurs, jusqu'à présent, j'ai « enchaîné des thérapies ».

 

J'ai fini par me rendre compte que le diagnostic posé sur moi par le corps enseignant disant que j'étais malade, pour moi, c'était plutôt le corps enseignant qui était plus malade que moi.

Ceci dit, cela eut un énorme avantage, car c'est grâce à cette difficulté que j'ai pu bénéficier, très jeune, d'un travail de thérapie et d'approfondissement de moi-même.

 

Le premier thérapeute avec qui j'ai travaillé était l'un des grands disciples de Lacan.

Ce fut intéressant pour moi, car j'ai bénéficié d'un travail sur le langage et sur le décryptage de mon inconscient de l'âge de sept ans à mes trente ans environ. On ne se voyait pas chaque semaine car cela aurait été trop onéreux. Il avait vite repéré que j'étais créatif, alors il m'a dit : « Vous ne pourrez pas faire une thérapie classique, donc venez quand vous le souhaitez ».

J'ai apprécié son travail.

 

Puis, à mesure que j'avançais en âge, j'ai étudié la psychologie, dont Freud, et ainsi j'ai découvert Jung. Je me suis aperçu que j'étais beaucoup plus jungien que freudien, que moi-même je vivais toutes les questions que Jung se posait sur la synchronicité, sur l'inconscient collectif. Elles faisaient énormément écho chez moi.

 

C'est là que mon thérapeute, plutôt freudien, et moi avons commencé à avoir des désaccords épistémologiques. Cela a correspondu à un moment où apparaissait le phénomène du développement personnel, qui est d'ailleurs très lié à Jung (Carl Rogers, par exemple) et j'ai enchaîné sur des formes de thérapie rogériennes qui renforçaient ma créativité et étaient une manière d'accentuer ma recherche de l'écriture singulière.

 

Arrivé à la fin de mes études, ayant beaucoup écrit et peint, comment allais-je maintenant gagner ma vie ?... Dans la peinture, dans l'art, on me disait « revenez quand vous aurez quatre-vingt-dix ans », « il n'y a de bons artistes que morts », « revenez quand vous serez un peu plus vieux »…

 

Or j'avais vingt ans, je ne voyais pas comment j'allais vivre financièrement en tant qu'artiste et ma famille s'en inquiétait.

 

Mais j'ai trouvé un domaine qui était à la fois économique et créatif : c'était la publicité, en plein développement dans ces années là.

Très rapidement, dans la publicité, j'ai gagné beaucoup plus d'argent que mes frères qui avaient fait les grandes écoles.

 

D'où une anxiété nouvelle de la part de mes parents, qui se demandaient comment je me procurais tout cet argent ! Ils pensaient que j'étais peut-être dans un trafic de drogue, car à l'époque la publicité était encore peu connue.

Ils avaient du mal à imaginer comment quelqu'un d'aussi jeune pouvait gagner aussi rapidement autant d'argent.

 

Pour moi c'était très bien, parce qu'en une seconde de créativité je gagnais mon mois et cela me finançait ma peinture et mon écriture. Cela se perpétuait ainsi : d'un côté ma création pure, de l'autre mon activité de publicité.

 

 Ensuite mon travail de création pure a commencé par recevoir une certaine aura et une reconnaissance dans le monde de la publicité.

 

C'est à ce moment-là qu'une autre question a commencé à m'intéresser : mettre en forme mes écrits épars, mon début d'aventure créative, dans un texte qui ferait sens pour moi, et qui me permettrait de me démarquer. Je sentais que dans la publicité on vieillissait très vite, et que si à trente ans je ne trouvais pas quelque chose d'un peu différencié, mon modèle s'effondrerait. A l'inverse de l'art, un publicitaire de plus de trente ans a du mal à survivre.

 

Je me suis donc mis à écrire. Cela a donné un premier texte sur la post-histoire, sur la complexité du monde moderne et les difficultés à en raconter l'histoire, un peu l'inverse de Fukuyama : au lieu de considérer qu'on est à la fin de l'histoire parce qu'il n'y a plus d'histoire, considérer au contraire qu'on est à la fin de l'Histoire parce qu'il y a trop d'Histoire (ce n'est pas du tout le même concept).

 

J'ai fait une première présentation de cette recherche au Centre Georges Pompidou, où j'avais exposé l'année précédente mes photos, une de mes premières expositions personnelles.

 

A la suite de cela je me suis retrouvé au Ministère de la Recherche dans le cadre du Centre de Prospective et d'Emulation de Thierry Gaudin. C'est là, dans cet espace auquel Thierry Gaudin a voulu m'associer, que j'ai pu creuser mes thématiques.

Bien m'en a pris, parce que je me suis trouvé dans des conditions très particulières à un moment très particulier, à la fois nourri et dans un espace d'écoute.

 

Ces cinq années passées au Ministère de la Recherche m'ont permis de rencontrer des gens passionnants et inventeurs. Cela me donnait une dynamique intellectuelle incroyable. Eux-mêmes écoutaient ce que je faisais, donc c'était très enrichissant dans les deux sens.

 

Vers la fin de cette période, alors que j'écrivais, ma compagne est partie faire un MBA aux Etats-Unis. Nous sommes partis tous les deux et j'ai passé une année dans une université américaine, avec pas grand chose à faire.

 

Je passais donc beaucoup de temps dans la librairie et je lisais beaucoup de livres. Je me posais de plus en plus la question suivante : « qu'est-ce que la créativité et le génie » ? 

Je me suis aperçu qu'il y avait beaucoup d'éléments à ce sujet en anglo-saxon, beaucoup plus qu'en France.

 

Je me suis aperçu que les Américains avaient développé beaucoup de tests pour repérer la créativité. Je me suis rendu compte que c'était central dans la dynamique américaine de se poser la question : « qu'est-ce que le génie ?», « comment valoriser le génie chez les gens ? », « comment attirer aux U.S.A les gens les plus géniaux ?», « comment exploiter le génie des gens ?». Il y avait toute une littérature qui n'existait pas en langue française.

 

Je me suis mis à lire les quelques 500 livres qui traitaient de cette question, puis à faire les tests qui, au sein de l'université, étaient proposés à la sortie du MBA.

 

Ce fut un grand changement dans ma vie, parce que jusque là, il y avait cette idée qu'on m'avait mis en tête à l'âge de sept ans, idée partagée par mes parents et par ma famille, que j'étais un enfant dérangé qui avait des problèmes psychologiques majeurs.

C'était sans doute pour cela que je ne pouvais faire que les Beaux-Arts, et non les grandes écoles.

 

Quand les spécialistes américains ont fait ces tests, ils m'ont révélé qu'une personne sur un million avait mon niveau de créativité. « C'est très rare ». Ce spécialiste a refait une série de tests, il s'est passionné pour le cas.

 

Pour la première fois, il m'a expliqué tous les problèmes que j'avais rencontrés, non plus négativement (il fallait que je me transforme), mais positivement : c'était le résultat d'une surcapacité qui créait ces problèmes avec mon environnement. Mais en fait, il y avait là un trésor incroyable.

 

Je me rappelle très bien avoir envoyé les résultats de ces tests à ma mère : «Je ne suis pas débile, je ne suis pas malade, je suis simplement surdoué, voilà !».

 

Cela a été un élément majeur de ma vie. Je pense que si on avait pu faire ces tests-là lors de mes dix ans, cela aurait tout changé.

 

J'ai perdu beaucoup de temps à essayer de me battre contre mes capacités plutôt que de les utiliser. J'aurais infiniment plus produit si dès le début, j'avais été repéré comme enfant surdoué. Ainsi j'aurais pu suivre un cursus adapté. Cela aurait été moins douloureux et moins destructif pour moi.

 

En plus de la peinture et de l'écriture, je me suis rendu compte que j'étais aussi doué en musique.

 

L'écriture pour laquelle je me suis le plus donné a engendré « management systémique de la complexité », puis « management du troisième millénaire », qui est devenu une sorte de best seller.

 

Ce livre m'a amené à intervenir de plus en plus à haut niveau dans les entreprises. Le bon côté, c'est que cela m'a fait de nouveau gagner ma vie mieux encore qu'avec la publicité. Cela m'a permis aussi de m'intéresser au monde entier. Tous les secteurs étaient intéressés, et cela me permettait d'étudier le monde à travers mes missions et de rencontrer des gens parmi les plus influents de mon temps, en France en tout cas.

 

Mais cela a aussi été mauvais, parce que j'ai expérimenté une deuxième chose qui est assez intéressante. Cette fois-ci ce n'est plus les autres qui m'instrumentalisaient, mais moi-même.

 

Mon succès m'a enfermé. J'avais produit une connaissance que l'on me demandait de venir révéler. Mon succès m'a enfermé à l'intérieur d'une pensée morte.

Elle avait l'avantage d'être la mienne mais néanmoins, dans la mesure où on me demandait toujours la même chose, elle était devenue mortifère.

 

Ayant beaucoup souffert par le passé d'incompréhension, le fait d'être reconnu devenait important pour moi. Hélas, j'étais pris au piège de ma propre vanité liée à ma reconnaissance : quand je m'ennuyais à l'école, il m'était facile de sortir de ce processus, même s'il y avait une pression sociale très forte, tandis que dans l'autre, j'étais impliqué à travers ma propre vanité de réussir.

 

J'ai perdu beaucoup de temps car je ne savais pas dire non quand on me demandait de répéter dix fois la même conférence, alors que je voulais créer du nouveau tous les jours. Moyennant quoi, j'ai failli me tuer moi-même (car c'était moi-même qui disait oui !).

 

Je suis sorti de cela assez récemment, en 2005, quand la crise est arrivée.

Le summum de l'ennui que je ressentais au bout de quinze ans, à répéter la même chose, et la crise ont fait qu'à nouveau, je me suis retrouvé dans le vide, ce qui m'a obligé à réfléchir.

 

J'ai fait un bilan de ma vie. J'avais cinquante ans, c'était le bon moment.

 

J'ai développé trois axes qui étaient de me dire : « j'ai été enfermé en France, dans le business to business, à répéter la même chose. Il faut que je me lance dans le grand public, l'international. Je dois reprendre contact avec ma création, refuser systématiquement de répéter, me forcer à créer tous les jours quelque chose ».

 

Je me suis remis dans l'acte de création à travers la peinture et à m'ouvrir à l'international.

Ainsi, j'ai redécouvert un espace beaucoup plus vaste qui m'enrichissait.

 

Et je me suis mis aussi à imaginer une offre beaucoup plus « grand public ». Dans l'offre précédente, la bonne nouvelle était que j'intéressais des gens très influents. Mais la mauvaise nouvelle était que, même si je connaissais les cent personnes les plus influentes de France, j'étais très peu connu dans les milieux d'influence de très haut niveau. Par contre, mes livres étaient peu lus par le grand public.

 

Donc je me suis mis à écrire un roman, à mettre largement mes contenus sur internet, à faire des expositions, à démarrer l'Université Intégrale, qui était beaucoup plus ouverte vers le grand public à des tarifs accessibles.

 

Je me suis donc ouvert à ces trois dimensions : l'international, le grand public et mon propre processus de création.

 

Cela a été difficile, car il fallait que je remette en route mes neurones et que je reprenne confiance en moi.

 

Mais le bonheur a été de m'apercevoir que, même si c'était dur d'aborder les problèmes de manière créative, de faire des conférences sur des sujets inattendus, de saisir les occasions où je me mettais en danger en quelque sorte, je suis entré de nouveau dans un processus créatif et c'est une renaissance.

 

Depuis cinq ans je me suis remis à peindre beaucoup et à écrire des textes où j'essaie d'être en rupture.

J'essaie le plus possible d'être créatif, de me mettre en danger (en créant l'Université Intégrale, c'était ça).

 

C'est assez angoissant, parce qu'on est hors du connu, on fait des choses inattendues, on ne sait pas comment cela va fonctionner. Mais je me rends compte que j'ai un grand bonheur à le faire, même si c'est difficile.

 

 

 

EC. : Il y a deux expressions qui m'ont particulièrement marqué : être l'espace du jaillissement de la connaissance, être dans le lien de l'inconnaissance et de la non connaissance. Pourriez-vous revenir un petit peu sur ces expressions ?

 

MSC. :  J'en ai fait un livre, puisque c'est le grand sujet de « Trouver son génie. Je pense que c'est le coeur de votre sujet mais aussi le coeur de ma vie.

 

Je me suis aperçu qu'au-delà de la couche rationnelle qu'on peut avoir et que j'ai appelé le formel, (le champ de la science), au delà de la couche émotionnelle, (le champ de l'art avec le conscient et l'inconscient), il y a un troisième niveau qui me paraît le plus intéressant, le plus caché et que Jung a commencé à approcher : c'est l'inconscient collectif.

 

C'est le lieu de l'inspiration, le lieu du spirituel au sens de la gnose, sans que l'on mette automatiquement derrière cela un signifié particulier. Le jaillissement créatif est clairement dans ce lieu-là.

 

C'est en faisant le vide, en s'inscrivant dans le non savoir, qu'on peut être l'espace d'une émergence. C'est un peu comme en physique quantique, où on travaille sur le vide, on fait le vide le plus possible, et on sait qu'au coeur du vide le plus absolu, c'est un état instable où, bizarrement, à partir du rien, par une sorte d'instabilité même du vide, peut naître un univers.

 

On pense même que c'est l'extrême vide qui est susceptible de créer le big bang. L'extrême vide crée une instabilité, qui crée une sorte d'étincelle de matière et d'anti-matière qui brusquement explose en univers. C'est un peu ça au niveau de la création.

 

Je pense que les grands créateurs sont des bulles à vide. Ce sont des gens qui arrivent par une certaine modestie, parce que cela a à voir avec la modestie, à créer en eux un état de protection de toutes les influences, qui fait qu'ils vont devenir le lieu d'émergence de quelque chose.

 

Ce qui est compliqué, c'est qu'on touche quelque chose qui est à la fois de l'ordre de l'intime, du singulier, et qui pourtant est très loin de l'ego.

 

C'est pour cela que j'ai distingué l'ego de l'individu et la personne. J'aime bien le mot « personne », parce que dans « personne » il n'y a personne au sens de « plus personne », et en même temps c'est un mot qui signifie aussi la « personnalisation ». Ce sont les deux, c'est-à-dire que le grand créateur est à la fois quelqu'un de profondément singulier, c'est ce que j'ai voulu signifier dans le terme de « génie ». C'est trouver sa personne, sa personnalité.

 

Et la personnalité c'est l'endroit où on va pouvoir, à travers nos caractéristiques, de nous en tant que singularités, exprimer l'infini, expliquer le non savoir. Dans ce sens-là on le voit très bien dans les plus grands génies, ceux qui inspirent l'humanité.

 

Si vous prenez par exemple la figure de Lao Tseu, on voit bien que sa figure est très différente de celle de Jésus Christ. Et l'expression de Jésus Christ est très différente de celle de Lao Tseu. Pourtant le message de fond, si on sait lire entre les lignes, est le même.

 

Mais par contre il y a un véritable génie, une singularité, et dans ce sens-là les messages de Jésus-Christ et de Lao Tseu sont très complémentaires. Et heureusement qu'ils existent, parce qu'au fond ce qu'on n'a pas compris chez Jésus-Christ, on va pouvoir le comprendre chez Lao Tseu et inversement. Et on pourrait dire la même chose du Bouddha, de Socrate, etc.

 

C'est-à-dire que quelque part, au fin fond du singulier extrême, c'est là où je suis totalement contre la dissolution totale de l'ego.

Le danger des gens qui veulent dissoudre l'ego, c'est qu'ils dissolvent ce qui peut les amener au delà de l'ego.

 

Comme ceux qui se battent contre le mental, alors que le mental, s'il est bien adapté, peut vous aider d'une manière extraordinaire à dépasser le mental.

 

De la même manière c'est un gros contresens de vouloir à tout prix dissoudre l'ego.

 

D'autant plus que quand on a connu l'éveil, on s'aperçoit que l'ego est tellement petit par rapport à l'infini, que de toute façon ce n'est pas le sujet.

 

L'important c'est de se mettre petit à petit dans une position de modestie, qui fasse que cette espèce de protection qu'on peut appeler l'ego au premier niveau ne vous empêche pas de découvrir votre individualité qui peut vous ouvrir la porte à votre personne.

 

Et la porte de la personne, le génie de chacun, la personnalité, c'est le point où on est à la fois singulier et ouvert sur l'infini.