samedi 21 février 2009

La crise, un appel à construire ensemble le bonheur autrement : Plateforme de présentation de la démarche « pacte civique »

Plateforme de présentation de la démarche « pacte civique »

 

La crise, un appel à construire ensemble le bonheur autrement

 

 

« Et si la crise actuelle ouvrait une nouvelle époque ? Et si les réactions à la crise insufflaient un nouvel état d'esprit ? Et si approfondir ce qui donne sens à notre vie donnait la force de construire un bonheur autrement ?» C'est autour de ce triple pari qu'un collectif d'associations s'est constitué, croisant des analyses de la crise avec des propositions d'initiatives fédérant les énergies autour d'engagements à la fois personnels et collectifs, à concrétiser dans le cadre d'un pacte civique.

 

Une crise qui amène à revisiter nos certitudes

 

La crise actuelle n'est pas seulement une crise de régulation interne du système économique. Nous sommes persuadés qu'il s'agit à la fois d'une crise systémique et une crise des des comportements et des valeurs qui touche l'ensemble des cultures occidentales ; celles-ci ont de plus en plus de mal à maintenir la cohérence entre leurs idéaux proclamés et l'image qu'elles en donnent. Cette crise conduit à revisiter nos certitudes à travers une triple prise de conscience:

- conscience des limites de la nature: on ne peut prélever indéfiniment des ressources finies sans dommage grave pour les bénéficiaires mêmes de ces prélèvements ;

- conscience des limites de l'intérêt personnel, mis en compétition avec celui d'autrui : la somme des intérêts égoïstes de chacun ne garntit pas l'intérêt général ;

- conscience des limites de l'accumulation des désirs de tous ordres produits par les systèmes en place: ceux-ci n'ont plus les moyens de les satisfaire, ce qui crée un décalage croissant et dangereux pour l'équilibre social entre les demandes et les possibilités.

En parallèle notre système politique s'épuise faute d'une démocratie représentative capable de proposer des choix exigeants et motivants et de mobiliser les citoyens pour les mettre en oeuvre, faute d'un débat démocratique porteur de compromis constructifs, faute d'une démocratie de proximité basée sur la participation; ceci non seulement rend peu attractif le régime démocratique pour nos concitoyens et pour les citoyens du monde, mais aussi empêche une bonne réactivité aux problèmes actuels et nuit au respect de l'impartialité entre citoyens.

De même les religions et la laïcité ont du mal aussi à renouveler leurs messages et leurs pratiques pour apporter du sens au vivre ensemble. Trop souvent, leurs interventions dans le débat public traduisent davantage l'écho d'anciennes querelles qu'un apport authentique susceptible d'inspirer la vie militante et de renouveler la vie démocratique.

Plus largement, cette crise semble sonner la fin de la période moderne que Max Weber définissait par le passage de « l'économie du salut » au « salut par l'économique ». L'économie, telle qu'elle fonctionne actuellement, ne tient pas ses promesses en matière de développement durable et équitable. De même nos cultures, confrontées à de multiples influences, tombent dans le relativisme, d'où leur incapacité à nous fournir des repères communs pour explorer des voies nouvelles.

 

Des réactions à la crise source d'un nouvel état d'esprit

 

L'inconfort grandissant lié à la fin des certitudes et à la montée des déséquilibres nous fragilise, mais est aussi source d'un nouvel état d'esprit : il s'agit de retrouver le sens des limites et du possible, d'intégrer la libération individuelle dans une vision crédible du vivre ensemble, de réintroduire du lien entre générations et couches sociales et dans les institutions de la société, de focaliser l'attention sur tous ceux qui sont victimes des crises, de repenser les démarches éducatives, etc.

D'où une confrontation au triple impératif suivant :

-       impératif de sobriété et, pour les plus riches, de distinction entre l'essentiel et le superflu;

-       impératif de justice, indissociablement lié au précédent, qui devra conduire à inventer de nouvelles formes de redistribution et d'insertion pour que le principe d'égale dignité soit effectivement mis en pratique ;

-       impératif de créativité, dont le champ devra s'élargir et porter davantage sur la vie démocratique, l'écologie, la coopération, l'éducation, les relations interpersonnelles et spirituelles.

Face à ces impératifs, plusieurs approches sont possibles en plus des efforts (nécessaires, mais non suffisants) pour une meilleure régulation de la sphère économique et financière. Les uns mettent l'accent sur les changements de comportements dans la manière de produire, consommer, épargner, investir; les autres prônent un changement radical du système économique, même s'il n'y a pas actuellement d'alternative évidente; beaucoup enfin mettent leur espoir dans une généralisation des multiples initiatives et expérimentations qui sont mise en œuvre, notamment dans l'économie sociale et solidaire.

Nous pensons que la situation actuelle appelle aussi des réponses transversales et transdisciplinaires. Soucieux de ne pas en rester aux analyses anxiogènes ou mortifères de la crise, nous cherchons à créer un climat d'espoir et de confiance afin de sortir de la crise par le haut:

-       en s'appuyant, dans ce but, sur ce qui constitue la colonne vertébrale de nos sociétés et peut donc nous servir de boussole, à savoir entre autre l'option pour la démocratie et pour le respect de la personne humaine ;

-       en rappelant que le passé démontre que du pire peut sortir un improbable meilleur, que l'on peut miser sur les possibilités créatrice de chacun et que les métamorphoses d'un corps collectif sont possibles. 

Le politique doit reprendre la main qu'il a trop abandonnée à l'économie de marché et à des intérêts particuliers en recherchant l'intérêt collectif. A cet effet il faut ouvrir largement le débat sur la civilisation que nous voulons désormais bâtir en Europe, à l'ère de la mondialisation et du monde fini : quelles sont aujourd'hui et quelles seront demain les conditions du bonheur ? Cette recherche du bonheur, qui a constitué l'orientation fondamentale de la modernité, doit être poursuivie, mais autrement, vers le « bien être » personnel et le « mieux être » collectif, vers une liberté qui prend en compte celle de l'autre.

Le bonheur,  autrement : voilà ce qui pourrait constituer le mot d'ordre autour duquel organiser le changement sociétal et imaginer une nouvelle civilisation.

 

Un appel à approfondir ce qui donne sens à nos vies et force à notre démocratie

 

Pour construire ce bonheur autrement, nous considérons que nos sociétés doivent à la fois :

-       encourager les personnes « à travailler sur elles-mêmes », à sortir de leur individualisme et de leur « quant à soi » pour fraterniser et pour innover,

-       inciter la démocratie à « se remettre en question », à dépasser son fonctionnement procédural et administratif et à s'ouvrir à des relations davantage solidaires, responsables et créatives.

En effet, pour nous la démocratie est non seulement un ensemble de règles et procédures, mais une valeur en soi, un projet à construire ensemble concernant chacun d'entre nous et visant à servir, en premier, le plus fragile. Il s'agit donc de trouver en permanence l'équilibre entre souci de soi, respect de l'autre et institutions justes, entre vie personnelle et engagement, entre méditation et action, entre respect des personnes et prise en compte des intérêts collectifs.

Pour être fidèles à leur recherche du bien commun et pour répondre aux défis qui leur sont lancés, nos démocraties doivent reconnaître plus clairement cette dimension éthique profonde de la personne, dans laquelle ce qui donne sens, ce qui guide, ce qui stimule, ce qui donne confiance se nomme différemment selon les uns et les autres, à savoir transcendance, espérance, conscience morale, humanisme, profondeur, intériorité...

Nous considérons que les forces humanistes, spirituelles, religieuses, grâce aux ressources de sagesse qu'elles ont su forger, ont un rôle essentiel à jouer pour la démocratie dans la direction ainsi proposée. A condition qu'en retour elles se laissent, elles aussi, revivifier et interpeller par les débats démocratiques.

Bien loin d'inviter à fuir dans un « arrière-monde », la quête spirituelle propose à chacun l'objectif civique d'être lui-même le changement qu'il propose et de devenir ainsi acteur d'un développement fondé sur l'expression du meilleur de chacun et sur la force des créations collectives.

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Pour aider à ces transformations personnelles, sociales et politiques, nous nous proposons d'élaborer progressivement un projet de pacte civique, proposé à la signature de ceux qui accepteront de s'engager 

- d'une part à adopter un certain nombre de comportements personnels (autour notamment de la notion de sobriété solidaire) ;

- d'autre part à militer pour un ré-outillage institutionnel de nos démocraties (autour notamment de la promotion de l'éthique du débat et de la responsabilité) ;

- enfin à soutenir des orientations politiques qui remettent l'économie et la culture au service de l'homme et non l'inverse et à cet effet donnent, y compris aux plus démunis, la possibilité de participer effectivement à la construction et à l'évaluation des politiques qui nous concernent.

 




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