jeudi 31 mars 2011

Entretien avec Michel Saloff-Coste par Eric Caulier. Paris, janvier 2011.

Entretien avec Michel Saloff-Coste par Eric Caulier. Paris,  janvier 2011.

 

EC. : Pouvez-vous me parler de votre vécu, de l'expérience créative dans votre pratique, dans vos arts ?

 

MSC. La question du vécu tourne autour de l'expérience elle-même, sans l'aspect théorique. Je vais essayer de parler de mon expérience et ensuite comment cela m'a amené à y réfléchir.

 

Même si cela part de l'expérience, je pense que ce n'est pas interdit de réfléchir...

J'ai été amené à la créativité très jeune, parce que j'avais tendance à vouloir inventer les choses. Par exemple, quand je regardais mon programme scolaire, je découvrais les multiplications et j'avais envie de les réinventer.

 

J'étais plus intéressé par le processus de création personnelle que par le fait d'apprendre de quelqu'un d'autre une formule toute faite. J'avais par rapport à la connaissance, le désir ou le besoin de la créer moi-même.

 

Cela posait des problèmes avec le maître d'école parce que je proposais les multiplications à ma manière. Quand j'arrivais en classe, je voulais en donner les explications au maître. En général il était très énervé car il ne voulait pas entrer dans ma démarche. Il n'éprouvait aucune fascination pour ma solution. Dans le champ des connaissances classiques il ne m'était pas possible de proposer ma manière de voir.

 

Mais cependant, dans le domaine de la peinture, champ moins occupé, ma créativité était plus volontiers acceptée. Finalement, quand un enfant peint, on le laisse faire, d'autant plus que j'étais dans le milieu très d'avant-garde, (mon père était collectionneur de peintures contemporaines, mon grand-père était un peintre d'avant-garde contemporain). Et là, j'ai eu non seulement le droit de faire ce dont j'avais envie, mais en plus j'étais très encouragé.

 

J'ai eu des critiques négatives dans tous les domaines des connaissances classiques ou habituelles. Que ce soit en mathématique ou en rédaction, on me tapait sur les doigts dès que je voulais inventer. On me disait : « non, les mathématiques c'est cela et pas autre chose », «voilà comment on fait une rédaction ». Tandis que dans la peinture, non seulement on me laissait, mais en plus on m'encourageait dans la sphère privée.

 

A l'école il n'y avait pas vraiment d'espace pour cela. Mais j'avais ce petit réservoir-là.

Cela s'est renforcé tant et si bien qu'au final, toutes les autres matières ont cessé de m'intéresser parce qu'il n'y avait pas d'espace pour ma propre créativité.

 

Mais par contre, j'ai commencé à peindre à longueur de temps car là je pouvais faire les choses à ma manière et cela m'amusait.

Il y a ce contraste entre la peinture et les matières imposées à l'école.

 

La seule chose qui me plaisait à l'école, c'est lorsqu'on me proposait un espace libre pour faire une conférence sur des thèmes. C'étaient les seuls moments où je me sentais bien et très motivé. En général, cela marchait bien parce que j'avais des choses intéressantes à dire. On m'écoutait avec intérêt.

 

Dès que je n'étais pas dans un processus créatif, un effet immédiat d'endormissement m'envahissait. Le système scolaire tel qu'il était ne m'apportait rien d'enrichissant. Le fait de voir les gens ressortir des connaissances qu'ils répétaient comme des perroquets me semblait d'un ennui total.

 

Cependant, l'effet était différent avec les professeurs eux-mêmes créatifs. Alors, tout de suite, cela m'intéressait à nouveau et je suivais quelques cours avec délectation. Je me suis rendu compte assez rapidement que je me sentais en communion avec ces professeurs créatifs, car j'y étais très sensible. Heureusement que j'ai connu ces quelques professeurs qui se démarquaient du système scolaire classique. Ainsi, je n'étais pas complètement désespéré à l'école ! L'école m'a ouvert, malgré tout, grâce à ces professeurs créatifs qui étaient pour moi de véritables vecteurs.

 

Quand on étudie Rimbaud, même si le professeur n'est pas créatif, le sujet qu'on étudie est hyper créatif. Donc, le bon côté de l'école a été de me mettre en connexion avec un certain nombre d'oeuvres qui, elles, m'ont passionné.

 

Je me suis mis à lire beaucoup. C'était une manière concrète d'être en contact avec des auteurs créatifs et de voir l'émergence de la connaissance dans son jaillissement.

 

Je me suis très vite aperçu que pour moi, paradoxalement, les gens déjà morts étaient les plus vivants, car ils avaient laissé des traces d'œuvres significatives. Je me sentais en unisson avec eux. Par contre, les gens qui m'entouraient et qui étaient dans une sorte de reproduction du savoir, me semblaient être complètement morts.

 

Vers l'âge de quinze ans, j'ai même écrit un texte sur les morts avec qui je me sentais bien comme Rimbaud, Artaud ou Socrate et combien je me sentais loin des gens vivants autour de moi. Cela me posait une sorte de dissociation avec mon entourage qui s'est renforcée jusqu'à l'âge de dix-huit ans, au moment où je suis sorti du secondaire. Là, je ne savais pas trop quoi faire, parce que je sortais tout de même très détruit moralement de ces années de scolarité qui m'avaient fait beaucoup souffrir. La souffrance, c'était déjà de ne pas être 24 heures sur 24 dans un milieu créatif.

 

Je me suis posé la question de ce que je voulais faire. Par lentes éliminations successives, l'idée m'est venue de faire les Beaux-Arts. J'avais essayé les Arts Appliqués mais ils ne me semblaient pas assez créatifs. Aller à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts me semblait être le champ où j'allais pouvoir le plus entrer dans ma créativité.

 

Pour la première fois, à mon grand étonnement, après ces 18 ans de douleurs passés dans l'enseignement, je me suis retrouvé aux Beaux-arts, quai Malaquet, dans une atmosphère très différente, car mes études consistaient essentiellement à étudier des gens créatifs. Je me suis retrouvé avec des professeurs comme Singier, grand peintre de l'école de Paris. Cela fut très intéressant, ne serait-ce que la rencontre avec Gustave Singier !

 

Il était dans le non savoir, dans l'accompagnement, dans le questionnement de ce que je voulais moi-même créer. C'était déstabilisant pour moi, car admirant ce qu'il faisait, je croyais qu'il allait m'apprendre quelque chose ! Mais non ! Il était juste là, ne disait pas grand chose, mais il regardait.

Ces nouvelles personnes rencontrées étaient beaucoup plus proches de la logique de création. Et je me suis senti mieux...

 

J'ai fait beaucoup de dessins. Au début on commençait par le dessin du corps humain, qui était considéré comme la matrice universelle de tous les arts, et j'ai fait des dessins de nus huit heures par jour... Au-delà des techniques que nous apprenions, l'objectif à atteindre était d'apprendre à devenir un Peintre. Et devenir un Peintre, un créateur, était quelque chose d'assez mystérieux !

 

Je me souviens d'une phrase intéressante entendue dans le contexte de la création : « Aux Beaux-Arts, on ne peut pas vous garantir que vous serez un Peintre, mais vous saurez reconnaître un faux d'un vrai. » Cette phrase était assez mystérieuse. Je me demandais « qu'est-ce qu'ils veulent dire par là ? ». C'est vrai que cette phrase relevait bien du sujet, car le problème n'était pas tellement de savoir si on était soi-même créatif, mais de savoir reconnaître ce qui est authentique de ce qui est faux.

 

Les cinq années que j'ai passées aux Beaux-Arts ont été un espace de création, car pour la première fois, une institution m'offrait un tel espace. Je passais assez rapidement au delà des quelques cours techniques reçus. La plupart du temps, je travaillais sur ma création, sur mon acte créateur.

 

A force de voir des oeuvres, l'oeil se forme. On commence rapidement à reconnaître ce qui est du « réchauffé », c'est à dire quelqu'un qui répète un savoir qu'il n'a pas lui-même élaboré et qui ne soit pas lui-même l'espace du jaillissement de la connaissance. Cela ne peut se faire que dans une sorte de modestie extrême, parce que pour être dans cette authenticité-là, il faut être dans le lieu de l'inconnaissance.

 

Le cours avec Singier (il était très taoïste), consistait à se connecter par soi-même à sa source intérieure. C'est pour cela qu'il n'avait pas grand chose à dire, sinon de nous répéter : « là, tu es encore dans la technique, dans la référence. Quand arriveras-tu à toi, à ton essence ? »

 

La deuxième chance que j'ai eue, c'est qu'à la même époque, un ami m'a vivement conseillé d'aller à Vincennes écouter Gilles Deleuze.

 

J'ai eu la chance de le suivre pendant cinq ans. Il était extraordinaire, car il était arrivé à un niveau de maturité de son discours absolument étonnant. Je n'ai jamais retrouvé l'occasion de voir dans une salle cent personnes alors que celle-ci ne pouvait en accueillir que cinquante  ! Quatre heures durant, nous étions là, serrés les uns contre les autres, dans un silence impressionnant ! Nous étions conscients de vivre des moments exceptionnels.

 

Dès que je suis entré dans les cours de Gilles Deleuze, j'étais en état de lévitation et de totale écoute pendant quatre heures. Cela m'amusait d'être ainsi à l'inverse des cours classiques : dans ces cours, chacun attendait que quelqu'un pose une question qui nous fasse rire pour déclencher une hilarité qui nous sortirait de l'ennui.

 

Mais avec Gilles Deleuze, si quelqu'un posait une question, c'était tout juste si l'assemblée ne hurlait pas pour qu'il continue son cours ! Evidemment, le seul qui était réellement intéressé par la question était Gilles Deleuze ! Il rebondissait aussitôt dans une digression très intéressante. Il répondait toujours de manière extraordinairement profonde. Donc là, avec Gilles Deleuze, il y a eu une deuxième formalisation du savoir, de la création, de la connaissance.

 

Ce qui m'a beaucoup plu, c'est son livre sur Nietzsche, en tant qu'affirmation de l'acte de création, en tant que philosophe qui a pensé l'acte créateur. Peu de philosophes ont pensé l'acte créateur en tant qu'émergence et cela m'a énormément aidé à comprendre la création et à me comprendre moi-même, car toute ma vie j'ai souffert de ce que Nietzsche avait signifié de cette sorte d'humanité morte qu'il appelle « la réaction » et qui est toujours en négation de l'affirmation.

C'étaient mes deux ballons d'oxygène.

 

Evidemment se construisaient, progressivement, les deux grands axes de ma propre affirmation : les arts plastiques et l'écriture.

 

Pendant toutes ces années, je peignais, j'explorais les arts plastiques sous différents angles ainsi que les médias et je continuais à écrire.

 

Que ce soit dans la peinture ou dans l'écriture, j'étais maintenant confronté à mon acte créateur, puisque j'avais trouvé un espace où je pouvais l'explorer. Le challenge était de trouver mon écriture et ce que j'avais à dire, moi, personnellement.

 

Une chose peut être intéressante à dire, c'est le rôle de la psychanalyse à l'intérieur de cela.

 

Comme j'éprouvais des difficultés par rapport au système scolaire classique, très tôt, le corps enseignant a conseillé à mes parents de me faire suivre par un psychologue... J'ai donc vu un psychologue dès l'âge de sept ans.

D'ailleurs, jusqu'à présent, j'ai « enchaîné des thérapies ».

 

J'ai fini par me rendre compte que le diagnostic posé sur moi par le corps enseignant disant que j'étais malade, pour moi, c'était plutôt le corps enseignant qui était plus malade que moi.

Ceci dit, cela eut un énorme avantage, car c'est grâce à cette difficulté que j'ai pu bénéficier, très jeune, d'un travail de thérapie et d'approfondissement de moi-même.

 

Le premier thérapeute avec qui j'ai travaillé était l'un des grands disciples de Lacan.

Ce fut intéressant pour moi, car j'ai bénéficié d'un travail sur le langage et sur le décryptage de mon inconscient de l'âge de sept ans à mes trente ans environ. On ne se voyait pas chaque semaine car cela aurait été trop onéreux. Il avait vite repéré que j'étais créatif, alors il m'a dit : « Vous ne pourrez pas faire une thérapie classique, donc venez quand vous le souhaitez ».

J'ai apprécié son travail.

 

Puis, à mesure que j'avançais en âge, j'ai étudié la psychologie, dont Freud, et ainsi j'ai découvert Jung. Je me suis aperçu que j'étais beaucoup plus jungien que freudien, que moi-même je vivais toutes les questions que Jung se posait sur la synchronicité, sur l'inconscient collectif. Elles faisaient énormément écho chez moi.

 

C'est là que mon thérapeute, plutôt freudien, et moi avons commencé à avoir des désaccords épistémologiques. Cela a correspondu à un moment où apparaissait le phénomène du développement personnel, qui est d'ailleurs très lié à Jung (Carl Rogers, par exemple) et j'ai enchaîné sur des formes de thérapie rogériennes qui renforçaient ma créativité et étaient une manière d'accentuer ma recherche de l'écriture singulière.

 

Arrivé à la fin de mes études, ayant beaucoup écrit et peint, comment allais-je maintenant gagner ma vie ?... Dans la peinture, dans l'art, on me disait « revenez quand vous aurez quatre-vingt-dix ans », « il n'y a de bons artistes que morts », « revenez quand vous serez un peu plus vieux »…

 

Or j'avais vingt ans, je ne voyais pas comment j'allais vivre financièrement en tant qu'artiste et ma famille s'en inquiétait.

 

Mais j'ai trouvé un domaine qui était à la fois économique et créatif : c'était la publicité, en plein développement dans ces années là.

Très rapidement, dans la publicité, j'ai gagné beaucoup plus d'argent que mes frères qui avaient fait les grandes écoles.

 

D'où une anxiété nouvelle de la part de mes parents, qui se demandaient comment je me procurais tout cet argent ! Ils pensaient que j'étais peut-être dans un trafic de drogue, car à l'époque la publicité était encore peu connue.

Ils avaient du mal à imaginer comment quelqu'un d'aussi jeune pouvait gagner aussi rapidement autant d'argent.

 

Pour moi c'était très bien, parce qu'en une seconde de créativité je gagnais mon mois et cela me finançait ma peinture et mon écriture. Cela se perpétuait ainsi : d'un côté ma création pure, de l'autre mon activité de publicité.

 

 Ensuite mon travail de création pure a commencé par recevoir une certaine aura et une reconnaissance dans le monde de la publicité.

 

C'est à ce moment-là qu'une autre question a commencé à m'intéresser : mettre en forme mes écrits épars, mon début d'aventure créative, dans un texte qui ferait sens pour moi, et qui me permettrait de me démarquer. Je sentais que dans la publicité on vieillissait très vite, et que si à trente ans je ne trouvais pas quelque chose d'un peu différencié, mon modèle s'effondrerait. A l'inverse de l'art, un publicitaire de plus de trente ans a du mal à survivre.

 

Je me suis donc mis à écrire. Cela a donné un premier texte sur la post-histoire, sur la complexité du monde moderne et les difficultés à en raconter l'histoire, un peu l'inverse de Fukuyama : au lieu de considérer qu'on est à la fin de l'histoire parce qu'il n'y a plus d'histoire, considérer au contraire qu'on est à la fin de l'Histoire parce qu'il y a trop d'Histoire (ce n'est pas du tout le même concept).

 

J'ai fait une première présentation de cette recherche au Centre Georges Pompidou, où j'avais exposé l'année précédente mes photos, une de mes premières expositions personnelles.

 

A la suite de cela je me suis retrouvé au Ministère de la Recherche dans le cadre du Centre de Prospective et d'Emulation de Thierry Gaudin. C'est là, dans cet espace auquel Thierry Gaudin a voulu m'associer, que j'ai pu creuser mes thématiques.

Bien m'en a pris, parce que je me suis trouvé dans des conditions très particulières à un moment très particulier, à la fois nourri et dans un espace d'écoute.

 

Ces cinq années passées au Ministère de la Recherche m'ont permis de rencontrer des gens passionnants et inventeurs. Cela me donnait une dynamique intellectuelle incroyable. Eux-mêmes écoutaient ce que je faisais, donc c'était très enrichissant dans les deux sens.

 

Vers la fin de cette période, alors que j'écrivais, ma compagne est partie faire un MBA aux Etats-Unis. Nous sommes partis tous les deux et j'ai passé une année dans une université américaine, avec pas grand chose à faire.

 

Je passais donc beaucoup de temps dans la librairie et je lisais beaucoup de livres. Je me posais de plus en plus la question suivante : « qu'est-ce que la créativité et le génie » ? 

Je me suis aperçu qu'il y avait beaucoup d'éléments à ce sujet en anglo-saxon, beaucoup plus qu'en France.

 

Je me suis aperçu que les Américains avaient développé beaucoup de tests pour repérer la créativité. Je me suis rendu compte que c'était central dans la dynamique américaine de se poser la question : « qu'est-ce que le génie ?», « comment valoriser le génie chez les gens ? », « comment attirer aux U.S.A les gens les plus géniaux ?», « comment exploiter le génie des gens ?». Il y avait toute une littérature qui n'existait pas en langue française.

 

Je me suis mis à lire les quelques 500 livres qui traitaient de cette question, puis à faire les tests qui, au sein de l'université, étaient proposés à la sortie du MBA.

 

Ce fut un grand changement dans ma vie, parce que jusque là, il y avait cette idée qu'on m'avait mis en tête à l'âge de sept ans, idée partagée par mes parents et par ma famille, que j'étais un enfant dérangé qui avait des problèmes psychologiques majeurs.

C'était sans doute pour cela que je ne pouvais faire que les Beaux-Arts, et non les grandes écoles.

 

Quand les spécialistes américains ont fait ces tests, ils m'ont révélé qu'une personne sur un million avait mon niveau de créativité. « C'est très rare ». Ce spécialiste a refait une série de tests, il s'est passionné pour le cas.

 

Pour la première fois, il m'a expliqué tous les problèmes que j'avais rencontrés, non plus négativement (il fallait que je me transforme), mais positivement : c'était le résultat d'une surcapacité qui créait ces problèmes avec mon environnement. Mais en fait, il y avait là un trésor incroyable.

 

Je me rappelle très bien avoir envoyé les résultats de ces tests à ma mère : «Je ne suis pas débile, je ne suis pas malade, je suis simplement surdoué, voilà !».

 

Cela a été un élément majeur de ma vie. Je pense que si on avait pu faire ces tests-là lors de mes dix ans, cela aurait tout changé.

 

J'ai perdu beaucoup de temps à essayer de me battre contre mes capacités plutôt que de les utiliser. J'aurais infiniment plus produit si dès le début, j'avais été repéré comme enfant surdoué. Ainsi j'aurais pu suivre un cursus adapté. Cela aurait été moins douloureux et moins destructif pour moi.

 

En plus de la peinture et de l'écriture, je me suis rendu compte que j'étais aussi doué en musique.

 

L'écriture pour laquelle je me suis le plus donné a engendré « management systémique de la complexité », puis « management du troisième millénaire », qui est devenu une sorte de best seller.

 

Ce livre m'a amené à intervenir de plus en plus à haut niveau dans les entreprises. Le bon côté, c'est que cela m'a fait de nouveau gagner ma vie mieux encore qu'avec la publicité. Cela m'a permis aussi de m'intéresser au monde entier. Tous les secteurs étaient intéressés, et cela me permettait d'étudier le monde à travers mes missions et de rencontrer des gens parmi les plus influents de mon temps, en France en tout cas.

 

Mais cela a aussi été mauvais, parce que j'ai expérimenté une deuxième chose qui est assez intéressante. Cette fois-ci ce n'est plus les autres qui m'instrumentalisaient, mais moi-même.

 

Mon succès m'a enfermé. J'avais produit une connaissance que l'on me demandait de venir révéler. Mon succès m'a enfermé à l'intérieur d'une pensée morte.

Elle avait l'avantage d'être la mienne mais néanmoins, dans la mesure où on me demandait toujours la même chose, elle était devenue mortifère.

 

Ayant beaucoup souffert par le passé d'incompréhension, le fait d'être reconnu devenait important pour moi. Hélas, j'étais pris au piège de ma propre vanité liée à ma reconnaissance : quand je m'ennuyais à l'école, il m'était facile de sortir de ce processus, même s'il y avait une pression sociale très forte, tandis que dans l'autre, j'étais impliqué à travers ma propre vanité de réussir.

 

J'ai perdu beaucoup de temps car je ne savais pas dire non quand on me demandait de répéter dix fois la même conférence, alors que je voulais créer du nouveau tous les jours. Moyennant quoi, j'ai failli me tuer moi-même (car c'était moi-même qui disait oui !).

 

Je suis sorti de cela assez récemment, en 2005, quand la crise est arrivée.

Le summum de l'ennui que je ressentais au bout de quinze ans, à répéter la même chose, et la crise ont fait qu'à nouveau, je me suis retrouvé dans le vide, ce qui m'a obligé à réfléchir.

 

J'ai fait un bilan de ma vie. J'avais cinquante ans, c'était le bon moment.

 

J'ai développé trois axes qui étaient de me dire : « j'ai été enfermé en France, dans le business to business, à répéter la même chose. Il faut que je me lance dans le grand public, l'international. Je dois reprendre contact avec ma création, refuser systématiquement de répéter, me forcer à créer tous les jours quelque chose ».

 

Je me suis remis dans l'acte de création à travers la peinture et à m'ouvrir à l'international.

Ainsi, j'ai redécouvert un espace beaucoup plus vaste qui m'enrichissait.

 

Et je me suis mis aussi à imaginer une offre beaucoup plus « grand public ». Dans l'offre précédente, la bonne nouvelle était que j'intéressais des gens très influents. Mais la mauvaise nouvelle était que, même si je connaissais les cent personnes les plus influentes de France, j'étais très peu connu dans les milieux d'influence de très haut niveau. Par contre, mes livres étaient peu lus par le grand public.

 

Donc je me suis mis à écrire un roman, à mettre largement mes contenus sur internet, à faire des expositions, à démarrer l'Université Intégrale, qui était beaucoup plus ouverte vers le grand public à des tarifs accessibles.

 

Je me suis donc ouvert à ces trois dimensions : l'international, le grand public et mon propre processus de création.

 

Cela a été difficile, car il fallait que je remette en route mes neurones et que je reprenne confiance en moi.

 

Mais le bonheur a été de m'apercevoir que, même si c'était dur d'aborder les problèmes de manière créative, de faire des conférences sur des sujets inattendus, de saisir les occasions où je me mettais en danger en quelque sorte, je suis entré de nouveau dans un processus créatif et c'est une renaissance.

 

Depuis cinq ans je me suis remis à peindre beaucoup et à écrire des textes où j'essaie d'être en rupture.

J'essaie le plus possible d'être créatif, de me mettre en danger (en créant l'Université Intégrale, c'était ça).

 

C'est assez angoissant, parce qu'on est hors du connu, on fait des choses inattendues, on ne sait pas comment cela va fonctionner. Mais je me rends compte que j'ai un grand bonheur à le faire, même si c'est difficile.

 

 

 

EC. : Il y a deux expressions qui m'ont particulièrement marqué : être l'espace du jaillissement de la connaissance, être dans le lien de l'inconnaissance et de la non connaissance. Pourriez-vous revenir un petit peu sur ces expressions ?

 

MSC. :  J'en ai fait un livre, puisque c'est le grand sujet de « Trouver son génie. Je pense que c'est le coeur de votre sujet mais aussi le coeur de ma vie.

 

Je me suis aperçu qu'au-delà de la couche rationnelle qu'on peut avoir et que j'ai appelé le formel, (le champ de la science), au delà de la couche émotionnelle, (le champ de l'art avec le conscient et l'inconscient), il y a un troisième niveau qui me paraît le plus intéressant, le plus caché et que Jung a commencé à approcher : c'est l'inconscient collectif.

 

C'est le lieu de l'inspiration, le lieu du spirituel au sens de la gnose, sans que l'on mette automatiquement derrière cela un signifié particulier. Le jaillissement créatif est clairement dans ce lieu-là.

 

C'est en faisant le vide, en s'inscrivant dans le non savoir, qu'on peut être l'espace d'une émergence. C'est un peu comme en physique quantique, où on travaille sur le vide, on fait le vide le plus possible, et on sait qu'au coeur du vide le plus absolu, c'est un état instable où, bizarrement, à partir du rien, par une sorte d'instabilité même du vide, peut naître un univers.

 

On pense même que c'est l'extrême vide qui est susceptible de créer le big bang. L'extrême vide crée une instabilité, qui crée une sorte d'étincelle de matière et d'anti-matière qui brusquement explose en univers. C'est un peu ça au niveau de la création.

 

Je pense que les grands créateurs sont des bulles à vide. Ce sont des gens qui arrivent par une certaine modestie, parce que cela a à voir avec la modestie, à créer en eux un état de protection de toutes les influences, qui fait qu'ils vont devenir le lieu d'émergence de quelque chose.

 

Ce qui est compliqué, c'est qu'on touche quelque chose qui est à la fois de l'ordre de l'intime, du singulier, et qui pourtant est très loin de l'ego.

 

C'est pour cela que j'ai distingué l'ego de l'individu et la personne. J'aime bien le mot « personne », parce que dans « personne » il n'y a personne au sens de « plus personne », et en même temps c'est un mot qui signifie aussi la « personnalisation ». Ce sont les deux, c'est-à-dire que le grand créateur est à la fois quelqu'un de profondément singulier, c'est ce que j'ai voulu signifier dans le terme de « génie ». C'est trouver sa personne, sa personnalité.

 

Et la personnalité c'est l'endroit où on va pouvoir, à travers nos caractéristiques, de nous en tant que singularités, exprimer l'infini, expliquer le non savoir. Dans ce sens-là on le voit très bien dans les plus grands génies, ceux qui inspirent l'humanité.

 

Si vous prenez par exemple la figure de Lao Tseu, on voit bien que sa figure est très différente de celle de Jésus Christ. Et l'expression de Jésus Christ est très différente de celle de Lao Tseu. Pourtant le message de fond, si on sait lire entre les lignes, est le même.

 

Mais par contre il y a un véritable génie, une singularité, et dans ce sens-là les messages de Jésus-Christ et de Lao Tseu sont très complémentaires. Et heureusement qu'ils existent, parce qu'au fond ce qu'on n'a pas compris chez Jésus-Christ, on va pouvoir le comprendre chez Lao Tseu et inversement. Et on pourrait dire la même chose du Bouddha, de Socrate, etc.

 

C'est-à-dire que quelque part, au fin fond du singulier extrême, c'est là où je suis totalement contre la dissolution totale de l'ego.

Le danger des gens qui veulent dissoudre l'ego, c'est qu'ils dissolvent ce qui peut les amener au delà de l'ego.

 

Comme ceux qui se battent contre le mental, alors que le mental, s'il est bien adapté, peut vous aider d'une manière extraordinaire à dépasser le mental.

 

De la même manière c'est un gros contresens de vouloir à tout prix dissoudre l'ego.

 

D'autant plus que quand on a connu l'éveil, on s'aperçoit que l'ego est tellement petit par rapport à l'infini, que de toute façon ce n'est pas le sujet.

 

L'important c'est de se mettre petit à petit dans une position de modestie, qui fasse que cette espèce de protection qu'on peut appeler l'ego au premier niveau ne vous empêche pas de découvrir votre individualité qui peut vous ouvrir la porte à votre personne.

 

Et la porte de la personne, le génie de chacun, la personnalité, c'est le point où on est à la fois singulier et ouvert sur l'infini.

 

 


 


Fwd: INVITATION à la NOO-TEK


Objet : INVITATION à la NOO-TEK





                                 La  « NOO-TEK »


Ouverture d'un nouveau lieu à PARIS, situé au « Petit Pantin ».
                             Métro Église de Pantin (voir Plan)

La «  NOO-TEK », ex-fonderie Jacob. Ancien et immense espace
        du début du siècle dernier transformé en galerie d'art.

                              Cet espace sans commune mesure de 800m2,
                       exposera du 1 au 15 Avril de 14h00 à 19h00 les œuvres de
                                        Philippe NAUD - Artiste / Plasticien.

        Pour se rapprocher de lieux reconnus, nous pourrions situer
                                          la «  NOO-TEK »
      entre la Factory de Andy Warhol et l'esprit de « Art District 798 »
                                             de Pékin .

                                           La « NOO-TEK »
                       
11 rue Gambetta, 93500 Pantin

                    Vous invite dans sa mise en espace artistique.

        VERNISSAGE : Jeudi 7 Avril 2011 et jeudi 14 Avril 2011 à partir de 19h00.
                      Pour ceux qui désirent « Noo-Teker » l'événement,
                                   une
bonne bouteille est bienvenue ...

       N'hésitez pas à transférer, à faire circuler cet événement auprès de vos amis

                                   Contact : T.Scottez - 06/83/98/93/83


Plan:
http://maps.google.fr/maps?oe=utf-8&client=firefox-a&ie=UTF8&q=11+rue+gambetta,+pantin&fb=1&gl=fr&hnear=Pantin&cid=0,0,1451348310413849320&ll=49.037868,2.460938&spn=66.483038,149.238281&z=3&iwloc=A
















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mercredi 30 mars 2011

UNE CONFERENCE EXCEPTIONNELLE avec Gunter Pauli

 Venez rencontrer l'auteur du livre "The Blue Economy – 10 Years, 100 Innovations, 100 Million Jobs
UNE CONFERENCE EXCEPTIONNELLE avec Gunter Pauli
SAVE THE DATE : 18 Mai 2011 à Paris.
Thème « Le rôle pionnier du Japon en ce qui concerne la gestion environnementale et le protocole de Kyoto en particulier.»

Gunter Pauli est un entrepreneur belge qui parle sur l'importance « d'apprendre de la nature » pour l'implantation des « business models ». Après des années d'expérience, il a conçu un modèle économique basé sur la réutilisation des déchets pour leur donner une valeur ajoutée dans le marché et créer des emplois, du capital social et de la durabilité parmi diverses innovations. Ses publications parlent de projets réalisés mais aussi de projets qui sont en cours maintenant partout dans le monde : Japon, Colombie, Bhutan… En 1994 Gunter Pauli a créé au Japon sa fondation ZERI « Zero Emissions Research and Initiative » ( http://www.facebook.com/l/9dcbdfnigUFtXWh5gRZWG7XwPEg/www.zeri.org) et se consacra pendant deux ans dans le cadre d'un contrat financé par le gouvernement japonais et avec l'aide de 300 chercheurs du monde entier, à la recherche de solutions et alternatives rentables, réellement non polluantes et créatrices d'emplois. Il nous interpelle avec des innovations disruptives qui peuvent résoudre les crises écologiques que nous traversons. Par exemple, il nous incite à adopter le biomimétisme pour sortir des impasses actuelles. Aujourd'hui, Gunter Pauli essaye parmi ses initiatives de transmettre un message et affirme « qu'il faut changer fondamentalement nos façons de penser. Nous devons créer des chemins pour que nos enfants imaginent un futur différent afin qu'ils ne répètent pas nos erreurs". Par ailleurs, auteur du livre "The Blue Economy – 10 Years, 100 Innovations, 100 Million Jobs", il nous prouve que nous pouvons changer le monde !
Une conférence « fund raising » en aide au Japon organisée par l'agence Plateforme.
Pour plus d'information téléchargez le formulaire suivant pour avoir tous les détails sur l'inscription ou plus si affinités !!
http://www.facebook.com/l/9dcbdf9XGCTdezgBFerZgjfOnHw/www.scribd.com/doc/51711950/Conference-Gunter-Gauli-Fundraising-Japon-18-Mai-2011



mardi 29 mars 2011

Fwd: PETIT DEJEUNER 6 AVRIL - C.ATTIAS-DONFUT - LES RELATIONS INTERGENERATIONNELLES


Objet : PETIT DEJEUNER 6 AVRIL - C.ATTIAS-DONFUT - LES RELATIONS INTERGENERATIONNELLES

La Fonda, en partenariat avec la Maison de l'Europe de Paris, continue son cycle de petits-déjeuners conférence qui s'inscrit dans le cadre de la démarche prospective « faire ensemble 2020 ».

Nous vous proposons de nous retrouver autour de

Claudine Attias-Donfut
sociologue, directrice de recherche à la caisse nationale d'assurance vieillesse 
sur le thème des
« Relations intergénérationnelles »

avec Martine Dorange, 
chargée de recherche à la Fondation nationale de gérontologie
en tant que grand témoin
 
le mercredi 6 avril 2011 
de 8h30 à 10h15
à la Maison de l'Europe de Paris
35 rue des Francs Bourgeois -75004 Paris (métro Saint-Paul)
 
 

Nous vous remercions de vous inscrire à l'aide du lien ci-dessous

http://www.fonda.asso.fr/Les-relations.html

Votre inscription (obligatoire) sera prise en compte dès réception de votre règlement par chèque 
(particulier : 22€ ; membres Fonda, étudiant, chômeur : 15€)
à l'ordre de Fonda, dans la limite des places disponibles (maximum 50).

Nous restons à votre disposition pour toute autre information.
Fonda
01 45 49 06 58

Se désinscrire

vendredi 25 mars 2011

L'Abécédaire de Gilles Deleuze - Pierre-André Boutang (1996) [PART 2]

Vernissage le 7 mai 2011 avec Michel Saloff Coste

La prochaine édition de l'Université de la Terre se tiendra les 2 et 3 avril 2011 à l'Unesco sur le thème "Bâtir une nouvelle société".


http://www.universitedelaterre.com/presentation.php



L'Université de la Terre, la rencontre de l'écologie et de l'économie 

Créée à l'initiative de François Lemarchand, Président de la Fondation Nature & Découvertes, l'Université de la Terre a été inaugurée en novembre 2005 à l'Unesco.

Trois éditions s'y sont d'ores et déjà déroulées et ont réuni des milliers de personnes formant un large public, de plus en plus nombreux.

15 000 personnes se sont déplacées et ont « réinventé le progrès » à l'occasion des 16 conférences/débats de la 3ème édition de l'Université de la Terre les 18 et 19 octobre 2008 autour des 50 personnalités qui ont participé à ces rencontres.

L'Université de la Terre est un carrefour de réflexion et de débats, qui propose deux journées de découverte et d'échange ouverte à tous, sur les grands thèmes de société et d'environnement.

Rendez-vous de la connaissance, elle invite des dirigeants d'entreprise, des scientifiques, des économistes, des politiques, des hommes de religion, des sociologues, tous conscients des défis majeurs qui menacent notre planète, à témoigner et à partager leur expertise, leur vision du monde d'aujourd'hui et de demain.

L'Université de la Terre est un forum d'échanges entre les experts conviés et le public qui participe aux discussions. Ensemble, ils cherchent à réconcilier leurs intérêts respectifs au profit du bien-être des hommes et du respect des équilibres écologiques.

La prochaine édition de l'Université de la Terre se tiendra les 2 et 3 avril 2011 à l'Unesco sur le thème "Bâtir une nouvelle société". 

Fwd: la compassion : Une autre lecture des événements au Japon


Objet : la compassion : Une autre lecture des événements au Japon


Chers tous,

Je ne peux me retenir de vous relayer ce témoignage que je viens de recevoir d'une personne qui est au coeur des événements.
 
Loin du catastrophisme et de la peur, il donne une autre vision de ce qui est en train de se dérouler. Est-ce la marque de l'évolution silencieuse de la conscience humaine qui est à l'oeuvre ici ?
Il est dommage qu'il faille traverser de telles épreuves pour accéder à cette sagesse mais tout est certainement nécessaire dans l'univers  pour arriver où nous sommes et où nous irons
 

Belle journée

Bénédicte

 
Nous sommes en train de Re-Naitre à l'Amour :
"Une femme qui enseigne à Sendai depuis quelques années a écrit cette lettre à sa famille. Le Japon : une culture très différente qui répond à la catastrophe par......la compassion :
 Salutations à ma très chère Famille et à mes Amis,
 Premièrement, je voudrais vous remercier pour vos bonnes pensées à mon égard. Je suis vraiment très touchée. Je voudrais également m'excuser de vous adresser un message collectif. Mais il semble être le meilleure moyen de vous envoyer mes nouvelles. Les événements ici à Sendai ont été plutôt surréels. Mais je me sens bénie d'avoir des amis merveilleux ici qui m'aident énormément. Depuis que ma hutte mérite encore plus son nom, je suis hébergée chez une amie. Nous partageons nos vivres comme l'eau, la nourriture et un chauffage d'appoint au kérosène. La nuit nous dormons alignés dans une pièce, nous mangeons à la lumière des bougies, nous nous racontons des histoires. C'est chaleureux, amical et beau. Pendant la journée nous nous aidons les uns les autres à nettoyer ce qui reste de nos maisons. Les uns sont dans leurs voitures, regardant les informations sur l'écran de navigation, les autres font la queue pour avoir de l'eau potable lorsqu'une source devient disponible. Si quelqu'un a de l'eau courante dans sa maison, il le signale à ses voisins par une affiche ; ainsi ceux qui le désirent peuvent venir remplir leurs sceaux et leurs bidons. Chose étonnante ici où je suis, on ne pille pas et il n'y a pas de bousculade dans les queues. On laisse les portes d'entrée ouvertes, parce que c'est moins dangéreux en cas de nouveaux tremblements de terre. Les gens ne cessent de répéter, "Ah, c'était comme ça autrefois lorsque nous nous aidions les uns les autres." La terre continue de trembler. La nuit dernière il y avait des secousses toutes les quinze minutes. Les sirènes sonnent continuellement et les hélicoptères survolent la ville en permanence. Hier soir nous avions de l'eau courante pendant quelques heures, et maintenant nous avons de l'eau durant une demie journée. L'électricité est revenue cet après-midi. Nous sommes toujours privés de gaz. Mais tout ceci est par secteur. Certaines personnes sont dépannées, d'autres pas. Personne n'a pu se laver depuis plusieurs jours. L'hygiène nous manque, mais il y a pourtant des choses plus importantes que cela. J'aime le fait d'être réduit aux essentiels. De vivre complètement au niveau de nos instincts, de l'intuition, de prendre soin des autres, de ce qui est nécessaire pour la survie, pas seulement pour moi, mais pour tous. Étranges univers parallèles apparaissent. Les maisons sont détruites dans certains endroits, et au milieu on trouve une maison avec futons (édredons) ou le linge qui sèche au soleil. On voit des gens qui font la queue pour l'eau et la nourriture, et en même temps on voit d'autres gens qui promènent leur chien. Tout ceci a lieu simultanément.

Il y a des moments inattendus de beauté, comme le surprenant silence pendant la nuit. Il n'y a pas de voitures. Il y a personne dans la rue. Et le ciel la nuit est parsemée d'étoiles. Normalement je peux voir seulement deux étoiles, mais maintenant le ciel entier est rempli d'étoiles. Les montagnes de Sendai sont solides et avec l'aire vivifiante nous pouvons voir leurs silhouettes majestueuses contre le ciel de nuit. Et les Japonais eux-mêmes sont si merveilleux. Chaque jour je retourne à ma hutte pour vérifier l'état des choses, et maintenant d'envoyer cet e-mail depuis que l'électricité est revenue, et je trouve de la nourriture et de l'eau laissées sur le pas de la porte. Je n'ai aucune idée qui les a laissés, mais ils sont là. De vieux messieurs avec des chapeaux verts vont de maison à maison pour voir si tout le monde va bien. Les gens parlent aux étrangers leur demandant s'ils ont besoin d'aide. Je ne vois pas de signes de la peur. La résignation, oui, mais la peur ou la panique, non. On nous a dit qu'il y aura des post-sécousses et même d'autres tremblements de terre importants, et ceci pendant au moins un mois ou plus. Et nous ressentons la terre continué à trembler, de roulements, de secousses et de bourdonnements. Je me sens bénie d'habiter une partie de Sendai qui est en surélévation, un peu plus solide que d'autres parties de la région. Jusqu'à maintenant ce quartier est relativement épargné. La nuit dernière l'époux d'une amie est revenue de la campagne, nous apportant de
 l'eau et de la nourriture. Une bénédiction de plus.

Il me semble en ce moment que je prends conscience à travers l'expérience directe qu'il y a, en effet, une gigantesque étape Cosmique évolutionnaire qui a lieu sur la terre entière en ce moment même. D'une manière pas tout à fait claire, à fur et à mesure que j'expérimente les évenements qui ont lieu au Japon maintenant, je peux ressentir mon coeur s'ouvrir très grand. Mon frère m'a demandé si j'avais l'impression d'être toute petite en raison de tout ce qui se passe ici. Non, je n'ai pas cette impression. Au contraire, j'ai l'impression de faire partie de quelque chose qui est beaucoup plus grand que moi. Cette vague de naissance (mondiale) est difficile, et en même temps magnifique.

Merci encore pour votre tendresse et votre amour.
 

Je vous aime tous aussi.

Anne"

YouTube - Severn Suzuki's speech at the University of British Columbia part 2


http://www.youtube.com/watch?v=aBs--W-EY_8&feature=related



Bien cordialement,

Michel SALOFF-COSTE




Sortir ou pas du nucléaire...


Objet : - Sortir ou pas du nucléaire...


 

Energie, notre pays peut-il se passer du nucléaire ?
Enerzine (http://www.enerzine.com/712/energie-notre-pays-peut-il-se-passer-du-nucleaire/participatif.html) le 20/03/2011

Par René Tregouët

Depuis le terrible tremblement de terre qui a frappé le Japon le 11 mars et l'accident nucléaire d'une gravité sans précédent depuis Tchernobyl qui a eu lieu dans la centrale de Fukushima et n'est toujours pas cisconscrit au moment où j'écris ces lignes, la question de l'avenir de l'énergie nucléaire s'est brusquement imposée au niveau planétaire dans le débat politique et social.

Au niveau européen, la Commission a réagi très rapidement et a décidé que les 153 réacteurs que compte l'Union européenne seront bientôt soumis à des tests de résistance. Sur la base d'une participation "volontaire, pas obligatoire", les risques "d'inondations, de tsunamis, d'attaques terroristes, de tremblements de terre, de coupures d'électricité" seront évalués sur la base de critères communs. Ces tests seront réalisés "par des experts indépendants dans le courant de l'année". Si les Etats l'acceptent, ces tests de résistance non contraignants pourraient être suivis de vérifications des "normes de sûreté en vigueur, afin de 'voir si nous avons tous les mêmes normes dans l'Union européenne'", a précisé la Commission qui souhaite clairement aller vers des normes européennes de sécurité beaucoup plus strictes dans le domaine du nucléaire.

En Allemagne, Angela Merkel, dans une ambiance préélectorale, il faut bien le reconnaitre, a annoncé le 15 mars que les sept centrales atomiques entrées en service en Allemagne avant 1980 seront fermées, peut-être définitivement. La chancelière a précisé que l'ensemble des réacteurs allemands subiraient des vérifications et que toutes les questions soulevées par la sécurité des centrales devraient avoir été examinées au plus tard le 15 juin. Berlin a également décidé un moratoire de trois mois qui suspend l'accord conclu l'an dernier prolongeant la durée de vie des centrales atomiques allemandes.

En Suisse, la situation japonaise a ravivé le vieux débat entre pro et anti-nucléaires et il n'est pas exclu que la Confédération renonce au nucléaire.

Nos voisins italiens, après avoir décidé en 1987 par referendum de renoncer à la construction de centrales nucléaires, vont être appelés le 12 juin 2011 à se prononcer, par référendum, sur un programme nucléaire visant à la construction de quatre réacteurs de type ERP et il est très probable qu'en dépit de sa forte dépendance énergétique, l'Italie confirme son rejet du nucléaire.

En France, le gouvernement a déclaré que notre pays ne renoncera pas à l'énergie nucléaire mais le Premier Ministre a accepté la demande d'audit du parc nucléaire français et a annoncé un contrôle des mesures de sécurité de toutes ses centrales.

Il ne fait nul doute que l'extrême gravité de cette catastrophe nucléaire qui survient dans un des pays, le Japon, les plus technologiquement avancés, a profondément et durablement fait basculer les opinions publiques contre l'utilisation de l'énergie nucléaire.

Même l'argument, pourtant puissant, mettant en avant le très faible bilan carbone du nucléaire et la nécessité de recourir au nucléaire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre tout en répondant à la soif énergétique mondiale grandissante ne suffit plus à justifier l'utilisation de cette énergie dont les risques intrinsèques d'utilisation (stockage des déchets radioactifs à très longue vie, possibilité de détournement à des fins militaires et pertes de contrôle liées à des catastrophes naturelles ou des erreurs humaines) sont à présent perçues comme inacceptables.

Au niveau mondial, il est toujours bon de le rappeler, l'énergie nucléaire (457 réacteurs représentant 370 000 MW de puissance installée) en 2011 ne représente que 7% de l'énergie primaire et 17 % de l'électricité produite. En proportion, cette production d'électricité nucléaire mondiale est d'ailleurs en légère baisse depuis 4 ans. (Voir De moins en moins d'électricité nucleaire dans le monde). Ce n'est pas négligeable mais le gel du nucléaire mondial puis son démantèlement progressif ne représente pas un défi insurmontable pour la planète.

En France, la situation est toute différente. Avec 62 600 MW de puissance nucléaire installée, la France représente à elle seule 17 % de la puissance nucléaire mondiale. Le parc nucléaire français, le deuxième au monde, compte 58 réacteurs répartis sur 19 sites. Avec 408 TWh, la production d'électricité nucléaire représente 74% de la production totale d'électricité française et 80 % de notre consommation brute d'électricité.

En 2010, la consommation totale s'est établie à 488,1 térawattheures (TWh) l'an dernier en données corrigées des aléas climatiques, contre 478,1 TWh publié en 2009 a indiqué RTE, la filiale d'EDF chargée du réseau de transport d'électricité à haute et très haute tension. En données corrigées, la consommation des ménages a augmenté d'environ 1,5% en 2010 contre 2% en 2009 et celle des grands industriels, directement raccordés au réseau, a augmenté de 3,7%. En valeur brute, la consommation totale d'électricité a totalisé 513,3 TWh en 2010, ce qui représente une hausse de 5,5% par rapport à 2009, a encore précisé RTE.

La production française d'électricité a de son côté augmenté de 6% en 2010 par rapport à l'année précédente à 550,3 TWh. Le parc de production électrique est en hausse de 3.100 MW, avec notamment le raccordement au réseau de centrales au gaz. La production nucléaire a augmenté de 4,6% en 2010 à 407,9 TWh. En 2009, la production nucléaire avait atteint son plus bas niveau depuis 1999, en raison de grèves et d'opérations de maintenance non planifiées.

La production des centrales hydroélectriques a pour sa part augmenté de 9,9% pour s'établir à 68 TWh, ce qui représente 12,4% de la production française. L'éolien voit sa production croître de 22,2% mais sa part dans le mix énergétique représente cependant moins de 2%. Les centrales thermiques, qui permettent d'assurer l'équilibre entre l'offre et la demande, ont augmenté leur production de 8,3% à 59,4 TWh.

En supposant, par souci de simplification des calculs, que notre consommation électrique reste identique et que la part de l'électricité thermique et hydraulique reste constante, pourrions-nous remplacer notre production électrique nucléaire actuelle par des sources d'énergies renouvelables ?

Imaginons que, d'ici 2030, on veuille remplacer notre électricité nucléaire pour moitié par de l'énergie solaire et pour moitié par de l'éolien (un quart avec de l'éolien terrestre et trois quart avec de l'éolien marin).

Un rapide calcul nous montre qu'il faudrait, en se basant sur les rendements moyens actuels de production de ces énergies, installer au moins 2000 km2 de panneaux solaires (100 km2 par an pendant 20 ans), plus de 3 400 éoliennes terrestres géantes (170 par an) et 8 400 éoliennes marines (420 par an).

En matière d'énergie solaire : pour produire 204 TWH il faudrait environ 2000 km2 de panneaux photovoltaïques (1 km2 de panneaux photovoltaïques pour produire en moyenne 1 TWh par an). Au coût actuel, pour les grandes installations, il faut compter environ 1,5 milliards d'euros pour 1 km2 de panneaux solaires photovoltaïques, une telle surface photovoltaïque représenterait à elle seule environ 3000 milliards d'euros d'investissement. Mais on peut imaginer le recours massif à des centrales solaires thermodynamiques moins coûteuses que les centrales photovoltaïques. Selon les technologies utilisées l'investissement irait, dans ce cas, de 33 à 66 milliards d'euros pour une production électrique comparable.

En matière d'éolien terrestre, pour produire 51 TWh et en tenant compte du parc installé qui produit déjà 10 TWh, il faudrait installer 3 417 éoliennes terrestres de 5 MW (12 millions de kWh par an et par machine) soit une puissance installée de 17 000 MW (investissement: 8,5 milliards d'euros), un objectif comparable à celui du Grenelle pour 2020 (19 000 MW).

Enfin, en matière d'éolien marin, pour produire 153 TWH, il faudrait 8 492 éoliennes marines de 5 MW (18 millions de kWh par an et par machine), soit une puissance installée de 42 500 MW (investissement 21,5 milliards d'euros), un objectif 7 fois supérieur à celui du Grenelle pour 2020 (6000 MW).

A ces sommes, il faudrait encore ajouter la construction probable d'une quinzaine de centrales thermiques supplémentaire de 400 MW (soit un investissement d'environ 3,8 milliards d'euros), pour pallier dans tous les cas de figure aux inévitables fluctuations de la production d'électricité solaire et éolienne (ces énergies étant par nature diffuses, intermittentes et irrégulières), l'adaptation complète de notre réseau ( environ 3 milliards d'euros) et sa transformation "en grille" avec des compteurs intelligents et des moyens massifs de stockage de l'électricité (air comprimé, hydrogène, gaz, sels fondus). Il faut enfin ajouter le coût, sans doute plus important que prévu, du démantèlement de nos centrales nucléaires, de l'ordre de 26 milliards d'euros (450 millions d'euros par réacteur selon les dernières estimations).

Même dans l'hypothèse où nous parviendrions à stabiliser notre consommation globale d'énergie au niveau actuel, ce qui serait déjà très difficile, une telle transition énergétique serait donc longue, très coûteuse et très complexe à mettre en œuvre : un ordre de grandeur d'au moins 100 milliards d'euros semble réaliste, ce qui représente plus de deux fois notre facture énergétique pour 2010 (46 milliards d'euros). Cet effort considérable, étalé dans le temps, n'est toutefois pas hors de portée d'un pays développé comme la France qui possède en outre une configuration géoclimatique favorable à la fois au développement massif de l'éolien marin et du solaire.

S'agissant du nombre de victimes imputables au nucléaire et sans entrer dans des calculs et polémiques macabres, il faut tout de même rappeler quelques ordres de grandeur dérangeants pour resituer le débat. Au niveau mondial, même si l'on retient les hypothèses "hautes" sur les décès liés à la catastrophe de Tchernobyl (60 000 morts), l'énergie nucléaire civile est responsable depuis 60 ans de moins de 100 000 morts.

A titre de comparaison, les accidents de la route tuent 1,2 million de personnes dans le monde chaque année; le tabac est responsable de plus de cinq millions de morts par dans le monde selon l'OMS et la pollution de l'air très largement provoquée par l'utilisation des énergies fossiles dans l'industrie et les transports tue au moins treize millions de morts chaque année selon une étude de l'OMS rendue publique fin juin 2007.

Faut-il rappeler qu'en Chine, la pollution de l'air provoqué par l'utilisation massive du charbon tue au moins 750 000 personnes par an selon l'OMS (chiffres non démentis par le gouvernement chinois), soit plus de 10 fois chaque année que le nombre de décès à Tchernobyl!

L'arbre du nucléaire existe mais malheureusement, il cache l'immense forêt de la catastrophe sanitaire et environnementale permanente liée à l'utilisation massive des énergies fossiles dans le monde.

Il faut donc bien comprendre que faire le choix de société de renoncer au nucléaire, même sur 20 ou 30 ans, aura des conséquences majeures sur le plan économique et social et suppose dans notre pays une mutation complète de nos modes de production et de consommation et plus largement de nos modes de vie. Notre pays est-il prêt, pour se passer du nucléaire, à un tel choix de société et à un tel effort dans la durée ? C'est là, toute la question.

C'est pourquoi, sur une question aussi essentielle mais aussi complexe, il me semble nécessaire, avant toute décision politique définitive, de prendre le temps de la réflexion et d'engager un vrai et large débat démocratique afin que nos concitoyens prennent bien conscience de tous les enjeux et des conséquences de leur choix pour les générations futures, tant sur le plan individuel que collectif.

Le député-maire PS de Cherbourg défend l'énergie nucléaire
Le Figaro (http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/03/19/01006-20110319ARTFIG00600-le-depute-maire-ps-de-cherbourg-defend-l-energie-nucleaire.php) - 21/03/2011

Par Pierre Fliecx     

Bernard Cazeneuve, dont la ville est située entre la centrale de Flamanville et l'usine de retraitement de la Hague, constate les progrès réalisés ces dernières années en matière de sécurité.

Membre du groupe Energie à l'Assemblée nationale, le députéPS Bernard Cazeneuve est sans doute le maire de France le plus concerné par le nucléaire: «Dans un rayon de moins de 30kilomètres se trouvent les réacteurs de la centrale de Flamanville, l'usine de retraitement de la Hague et un centre de stockage. En attendant l'EPR en construction...» Et sans oublier, au cœur même de la ville, les sous-marins nucléaires d'attaque. C'est dire si la sécurité demeure une priorité chez ce partisan du nucléaire, acteur économique non négligeable dans le bassin d'emploi du Nord-Cotentin. «Mon positionnement a toujours été l'acceptation du fait nucléaire, non pas dans l'inconditionnalité, mais en responsabilité, avec une exigence de transparence et une culture de la sécurité. Dès1981, une commission était mise en place pour vérifier et contrôler l'activité de l'usine de la Hague. Mais surtout, il y a l'ensemble des dispositifs mis sur pied par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).»

Depuis l'instauration des plans particuliers d'intervention (PPI), les installations du Nord-Cotentin ont été concernés par sept exercices de niveau national entre1997 et2008. «Chaque exercice a un objectif particulier en matière de sécurité ou d'accompagnement des populations en cas d'incident. Et chacun fait l'objet d'évaluation par l'ASN, qui préconise ensuite les améliorations à apporter.» Si Bernard Cazeneuve ne partage pas le refus du nucléaire des écologistes, il reconnaît le rôle de garde-fou qu'ils ont joué: «Il y a eu, à une époque, une culture de l'opacité autour du nucléaire. La mobilisation du milieu écologiste et associatif en faveur de la transparence a fait bouger les choses. Je pense notamment à l'ACRO (Association pour le contrôle de la radio- activité de l'Ouest), une association d'écologistes qui a réalisé un travail scientifique remarquable.»

Pour Bernard Cazeneuve, bien conscient que le risque zéro n'existe pas, l'indépendance de l'ASN et de l'IRSN par rapport aux exploitants du nucléaire renforce les garanties de sécurité: «Au cours des dernières années, on a vu comment l'ASN est intervenue sur le chantier de construction de l'EPR et a mis à plusieurs reprises l'exploitant en difficulté, l'obligeant à revoir sa copie. Ce qui n'empêche pas qu'un débat doit aujourd'hui être engagé. On ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé.»

La France doit-elle sortir du nucléaire ?
Le Monde.fr (http://www.lemonde.fr/idees/ensemble/2011/03/18/la-france-doit-elle-sortir-du-nucleaire_1494874_3232.html) - 21/3/2011

Depuis la catastrophe de Fukushima, élus et associations environnementales se mobilisent pour ouvrir un débat sur la place de l'énergie atomique, qui fournit 76 % de l'électricité dans notre pays. Illusion ou juste cause ? Pour Jacques Percebois, le nucléaire est une énergie indispensable qui pourrait, cependant, être plus fiable. Il faut renforcer la sécurité. La sûreté des installations nucléaires, c'est l'obsession d'EDF affirme son PDG Henri Proglio, autant que la garantie de leur efficacité et de leur modernité pour répondre à la demande énergétique qui va doubler d'ici 2050. N'est-il pas temps, proposent Jean-Pierre Mignard, Raphaël Romi, Sébastien Mabile et Michel Mabile, de créer un conseil de sûreté et de sécurité nucléaire mondial sous l'égide des grandes agences internationales ? Commençons par trouver un équilibre entre le nucléaire et les énergies renouvelables, estiment Stéphane Cossé, Christophe Droguère, Yann Wehrling. Arrêtons ce mode de croissance, tranche Agnès Sinaï : il faut sortir d'urgence de cette soif terrifiante d'énergie. D'autant que, risques sismique ou terroristes, la France n'est pas à l'abri du danger, rappelle Michèle Rivasi. Le temps est donc venu de sortir de la religion de l'atome, conclut François Géal.
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mardi 22 mars 2011

3e festival cinéma écologie 26-31 mars 2011 au Théâtre du lycée Michelet

http://www.demosphere.eu/node/23050

Quelle place pour l’altérité et la relation dans un monde de plus en plus virtualisé?

Nous avons le plaisir de vous présenter la 3ème Soirée des Amis du Club de Budapest France, dans le cycle: 
 Le temps des mutations, imaginons le monde de demain

 

 Mercredi 23 mars 2011
19 h30 – 22h00
Forum 104 – 104, rue de Vaugirard, 75006 Paris
Métro Montparnasse ou Saint Placide. 
Contribution aux frais : 10 €
Accueil dès 19h00

 

 Quelle place pour l'altérité et la relation dans un monde de plus en plus virtualisé?


Le Club de Budapest France prolonge la réflexion sur les transformations sociétales et culturelles de notre temps avec un cycle consacré aux mutations que nous vivons.

 

Dans cette dernière soirée de Cycle nous aborderons la place de l'Internet et du Web 2.0 dans la construction de nouveaux types d'imaginaires. Parmi les mutations que nous vivons, les technologies de l'information et de la communication jouent un rôle essentiel dont on commence à mesurer les impacts à la fois positifs et négatifs.

 

Les technologies contemporaines sont de plus en plus des « technologies de l'esprit » et de l'imaginaire, comme les nommait Michel Foucault. Avec le web, le cyberespace, les systèmes d'information, les univers virtuels, les mondes en 3D, les jeux vidéo, ces technologies de l'imaginaire explosent.

 

Quel peut être le rôle des nouvelles technologies de l'information et de la communication et surtout comment permettent-elles de favoriser l'altérité et la relation ?

 

Cette soirée s'orchestra autour de trois temps forts:

 

Pierre MUSSO: philosophe de formation, docteur en sciences politiques et enseignant en sciences de l'information et de la communication à l'université de Rennes et à Télécom Paris Tech, il est l'initiateur de la « Chaire de la modélisation des imaginaires, innovation et création » qu'il dirige à l'Institut Télécom depuis 2010.
Auteur de nombreux livres dont Critique des réseaux, Réseaux et sociétés, Le sarkoberlusconisme, La Fabrique du Futur, il a contribué plus récemment au dossier spécial du Monde diplomatique Le temps des Utopies (été 2010).
Il nous expliquera comment il cherche aujourd'hui à identifier les imaginaires à l'œuvre dans les innovations et comment les mythes technologiques sont eux-mêmes sources d'imaginaires. Il communiquera ainsi sur le sens qu'il donne aux réseaux et à la « société en réseaux ».
 
Intermèdes musicaux : Cristal !
 
Arouna LIPSCHITZ : « Il faut repenser la relation à l'autre sans perdre l'Un ».
Née d'une famille juive en Lorraine au lendemain de l'Holocauste, elle entreprend des études à Tel-Aviv et à Nanterre qui l'amèneront au Doctorat de lettres. Après la rencontre avec un maître indien, elle devient Swami, femme-prêtre en robe orange en 1982. En 1986 elle s'installe au Canada et reprend sa vie amoureuse.
 De cette période naissent plusieurs livres Dis-moi si je m'approche, L'un n'empêche pas l'autre et, plus récemment, La voie de l'amoureux et 52 clés pour vivre l'amour.
 Philosophe de la relation et directrice d'une entreprise de production audiovisuelle, elle nous parlera d'altérité et de l'éthique de l'abondance. Fondatrice d'une école philosophique en ligne La voie de l'amoureux, elle nous expliquera comment elle se sert des nouvelles technologies pour construire d'autres plateformes relationnelles.

 

 

Cette soirée a été conçue par Carine Dartiguepeyrou.

 

AGENDA

 

Nous vous informons également que les Assises du Pacte Civique auxquelles le Club de Budapest participe auront lieu les 14 et 15 mai 2011 à Issy Les Moulineaux.

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Fwd: Le nucléaire, atome de discorde entre les Verts et le PS- Infos - AFP -SFEN VdL



Le nucléaire, atome de discorde entre les Verts et le PS

PARIS — Le nucléaire est un noyau dur de discorde entre les Verts et le Parti socialiste, dont la doctrine a évolué à l'épreuve du pouvoir, et la question qui resurgit en raison de l'accident de Fukushima au Japon sera centrale dans les négociations pour 2012.

"Le point le plus difficile avec les écolos sera le nucléaire" car "un candidat socialiste (à la présidentielle) ne peut prétendre sortir du nucléaire", fait valoir François Hollande (PS).

Même s'il faut renforcer la diversification des sources d'énergie et la sécurité du parc nucléaire, abandonner une industrie "où on est sans doute les meilleurs", serait "ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant", juge-t-il, évoquant pertes d'emplois, bilan carbone et augmentation du prix de l'électricité.

Côté écologiste, où on demande un référendum sur une sortie du nucléaire à 20-30 ans "avec un plan massif d'énergies renouvelables", Jean-Vincent Placé, (Europe Ecologie-Les Verts) entend "discuter tranquillement dans trois semaines avec nos amis socialistes pour essayer de trouver des éléments de convergence" pour un "programme de gouvernement".

"Si on ne les trouve pas", "la campagne présidentielle tranchera en donnant de l'audience aux écolos ou pas", fait-il valoir à l'AFP, rappelant que "le PS a des positions susceptibles d'évoluer", comme Ségolène Royal en 2007.

Martine Aubry souhaite aussi porter le débat avec ses "amis Verts" pour "une réelle politique énergétique pour la France et pour l'Europe" en 2012. Dans son nouveau modèle de développement, le PS juge le nucléaire "inévitable aujourd'hui", sa part devant "être progressivement réduite" au profit d'énergies renouvelables.

"Le poids du lobbying EDF et Areva est très fort au PS", accuse M. Placé, rappelant notamment qu'Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, a été collaboratrice de François Mitterrand à l'Elysée.

Le changement dans la doctrine socialiste "s'est fait au détour des années 80 quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir" alors qu'"au début des années 70, nous manifestions avec nos camarades du PS contre le programme électro-nucléaire", renchérit Yves Cochet, co-fondateur des Verts et ex-ministre de l'Environnement.

Si M. Mitterrand a décidé d'abandonner le projet de centrale à Plogoff en 1981, les socialistes "se sont laissé avoir par la technostructure du corps des Mines, de l'appareil d'Etat, des ingénieurs de Bercy". Ces derniers leur ont dit "quand on est au pouvoir, il faut accepter le nucléaire", selon le député de Pariss qui pointe "une espèce de realpolitik" du PS juste après le deuxième choc pétrolier.

En 1986, avec Tchernobyl, "les socialistes étaient plutôt dans l'omerta" malgré la cohabitation, estime M. Cochet.

Confrontés au pouvoir dans le gouvernement Jospin (1997-2002), les écologistes ont dû avaler la signature du projet de centre d'enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse par la ministre de l'Environnement Dominique Voynet.

"Elle a signé mais c'était en compensation de la non-construction" de nouveaux réacteurs, plaide M. Cochet. "On a eu des petites victoires", comme la fermeture de Superphénix, "mais globalement le programme a continué", reconnaît son successeur.

"Quand Voynet a quitté le gouvernement, Jospin m'a emmené dans son bureau et m'a dit : +Je suis prêt à te nommer mais il faut que tu signes tout de suite des arrêtés d'augmentation des doses de rejet des effluents de l'usine de La Hague+. J'ai dit non". L'année d'après, la droite de retour au pouvoir, l'a fait.




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Objet : Panache radioactif de Fukushima : quels dangers ? - Infos - sciences.blogs.liberation.fr -



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Panache radioactif de Fukushima : quels dangers ?

Danger_radioactivite  La radioactivité émise par l'accident en cours à la centrale nucléaire de Fukushima Daichi soulève de fortes et légitimes inquiétudes. Quelques réponses aux questions que l'on se pose.

De quelle quantité de radioactivité  parle-t-on ?

Les mesures connues et les modélisations de l'accident conduisent à une «estimation maximale d'environ 10% [de la radioactivité] de Tchernobyl… mais cela pourrait être 1%», explique Thierry Charles, de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), Cette radioactivité, surtout émise pour la majeure partie entre le 13 et le 16 mars, résulte des relâchages volontaires de vapeur d'eau contaminée pour diminuer la pression dans les enceintes des réacteurs. En termes sanitaires, la comparaison avec Tchernobyl est moins directe : l'essentiel de cette radioactivité s'est dispersée et diluée au-dessus du Pacifique inhabité.

Quels dangers pour le personnel  de la centrale de Fukushima Daichi ?

L'environnement radiologique a pu atteindre des valeurs extrêmes. L'exploitant de la centrale, Tepco, a annoncé le chiffre de 400 millisieverts par heure (mS/h) auprès du réacteur numéro 3. Au-dessus des piscines, c'était certainement davantage mais en rayonnement gamma qui partait vers le ciel et dont une petite partie, par "effet de ciel" repartait vers le bas. Des débits susceptibles de provoquer un syndrome aigu d'irradiation, qui a provoqué la mort rapide des pompiers de Tchernobyl. Selon les informations japonaises – impossible à vérifier – le personnel et les pompiers de Fukushima ont évité ce risque. «Ils utilisent des dosimètres électroniques qui mesurent en temps réel la dose reçue et dont on peut régler l'alarme sur un niveau choisi», dit Patrick Gourmelon, médecin à l'IRSN.

Ce dispositif permet d'éviter les zones les plus dangereuses et de répartir les ­travaux à accomplir en fonction des dosimétries individuelles. Tepco, qui avait déjà opéré à une ­évacuation après un dépassement des 100 mSv, a annoncé hier que 7 personnes travaillant à la centrale auraient dépassé les 100 mSv (sans atteindre le seuil maximal de 250 mSv fixé par le gouvernement). C'est à partir de 100 mSv que les effets statistiques – hausse de la probabilité de survenue de certains cancers – apparaissent. «Les lésions cellulaires surviennent assurément dès de 1 000 millisieverts», note Gourmelon. Tepco a aussi annoncé hier une «baisse de la radioactivité» sur le site. Selon l'IRSN, les balises situées en bordure sont passées d'un maximum de 10 mS/h mardi à entre 0,3 et 2,5 mS/h hier.

Quelle menace pour la population ?

«Là, on passe à une autre problématique, celle des faibles doses qui augmentent le risque statistique de certains cancers», précise Gourmelon. Ce risque varie avec les doses reçues qui ne seront connues avec précision qu'après l'accident. La comparaison avec Tchernobyl est éclairante : les populations Carte évacuation proches, jusqu'à 20 km, ont été évacuées avant et non après les premières émissions de radioactivité (voir graphique ci-contre, avec la zone qu'il faudrait évacuer si les émissions empiraient).

Les modélisations de l'IRSN sur les doses à la thyroïde dans le cas le plus pénalisant – un enfant d'un an exposé en permanence – montrent que c'est dans cette zone de 20 km que les valeurs ont pu atteindre le seuil de 50 millisieverts qui déclenche, en France, la prise d'iode stable pour saturer la thyroïde (au Japon, le seuil est deux fois plus élevé). Le gouvernement japonais a demandé que les populations qui avaient évacuées avant les émissions radioactives ingèrent de l'iode stable. Il n'est pas évident de juger cette décision qui ressemble autant à une précaution supplémentaire qu'à une mesure visant à rassurer les populations concernées : en effet l'efficacité du geste suppose que l'on prenne l'iode stable une heure au plus avant la contamination et 24h au plus après. Juste au-delà de cette zone, ce sont les taches de surcontamination en raison de la pluie qu'il faut identifier et éviter.

Quels risques pour les aliments ?

Des aliments montrent que les précipitations ont pu contaminer la chaîne alimentaire. Du lait (les vaches ont brouté de l'herbe contaminée) ou des épinards et des oignons ont été détecté contaminés. Ils affichent jusqu'à 15 000 becquerels par kilo de feuilles d'épinards dans le cas le plus élevé. De l'iode radioactif a été détectée dans l'eau du robinet à Tokyo. Le gouvernement japonais affirme qu'il n'est pas utile de prendre des mesures de protection à Tolyo mais des ONG contestent cette position. Plus près de la centrale, l'analyse de l'eau du robinet dans 46 localités a montré des contamination dans 6 d'entre elles. Dans un village elle a atteint 965 becquerels d'iode-131 par litre ce qui est 3,2 fois la limite légale de 300 becquerels par litre. Le gouvernement japonais vient de demander aux habitants des zones identifiées de boire de l'eau en bouteille. Le lait et deux sortes de légumes verts produits dans quatre préfectures proches de la centrale nucléaire de Fukushima, ont été interdits à la vente en raison d'un niveau anormalement élevé de radioactivité, vient d'annoncer aujourd'hui le porte-parole du gouvernement japonais. Ces contaminations montrent que le Japon aura à gérer, dans la durée, les dépôts de radioactivité dus à l'accident.

Y a-t-il une menace ailleurs qu'au Japon ?

Le panache radioactif de Fukushima va se disperser dans l'atmosphère dans l'atmosphère en fonction de la météo. Il va concerner une grande partie de l'hémisphère Nord. Mais avec une dilution telle que, lorsqu'il va toucher la France, mercredi, «il n'y aura pas d'impact sanitaire», affirme Patrick Gourmelon. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire propose, sur son site internet, un système simple afin de le vérifier : une carte de France interactive qui donne la mesure en temps réel de la radioactivité sur de très nombreux sites et sa valeur moyenne l'année dernière pour comparaison.

Pour des informations sur l'historique de l'accident, classées par ordre chronologique, se rendre ici.