mardi 17 mars 2009

our current growth model

Dear friends

Aided by the column written by Tom Friedman in the New York Times earlier this week, I have been flooded with opinions and commentary from around the world about our current growth model and whether it can continue. Is it time for a fundamental rethink or are we just having a minor correction?

With the support of Alan Kohler's Business Spectator website, I have now initiated a public debate on these topics

I would love you to join this debate by going to my Business Spectator blog below and making a contribution. This is a crucial question in our current economic crisis because if we don't understand the problem, we certainly won't find the right solution.


Kind regards

Paul

 

Le réseau Networkvisio.com est l’outil de travail en adéquation avec les principes de l’université intégrale

Le réseau Networkvisio.com est l'outil de travail en adéquation avec les principes de l'université intégrale

 Networkvisio.com  se développe à l'échelle mondiale par des sites nationaux, des sites par région/état, des sites par villes, tous interconnectés les uns aux autres et accessibles avec un simple ordinateur et une webcam . La connaissance peut ainsi être diffusée et partager par tous les membres, Il permet de démultiplier les échanges à travers le monde, d'organiser des conférences et réunion de manière plus intensivité, de donner à tous la possibilité de se retrouver en visioconférence et de discuter 24/24h  où qu'il soit,  grâce au serveur de l vidéochat

De plus, il respecte aussi la notion de don de partage par son accessibilité gratuite (à l'exception de l'utilisation du vidéochat à usage professionnel) et également à la notion d'éthique de protection de l'environnement par la limitation des déplacements de chaque membre.

L'université y trouve ainsi l'outil de communication planétaire à l'image de son éthique et où chaque membre d'un site réseau est membre sur l'intégralité du portail.

Nous vous invitons à venir visiter les deux weblogs de l'Université Intégrale créés sur un des réseaux : worldvisio.com :

http://www.worldvisio.com/espace_worldvisio/gp843-auroville.html

http://www.worldvisio.com/espace_worldvisio/gp693-universite-integrale.html

Comme nous en avons discuté avec M. SALOFF-COSTE, nous souhaitons apporter notre pierre à l'édifice à mettant la disposition de l'université intégrale son propre réseau qui sera partie intégrante de l'ensemble du portail Networkvisio.

Michel Lecomte






Lire : Embarquement planétaire dans le bateau ivre de la crise systémique



Objet : TR: Lire : Embarquement planétaire dans le bateau ivre de la crise systémique

Chers amis,
 
Un excellent article sur la crise systémique que nous vivons : clair , net et précis !
Cela reprend intégralement les débats que nous avons eu la semaine dernière lors de la dernière Université Intégrale du 10 mars sur le thème de la crise systémique
A ce sujet, les vidéos seront bientôt en ligne et vous conseille de vous connecter semaine prochaine sur notre blog de l'UI : http://universite-integrale.blogspot.com/2009/01/10-mars-2009-4me-journe-inaugurale-de.html
 
 
J'en profite également pr vous conseiller de visionner cette interview faite par michel  saloff de JB de foucauld sur la crise systémique ; il partage ses réflexions qu'il nourrit sur le sujet des modes de gouvernance et de sens à donner à nos stés en mal vivre et d'organisation optimum  http://video.google.com/videoplay?docid=3698612176736482051
 
 
Vraiment très belle réflexion à écouter et lire.
 
Bénédicte Fumey
 
 
 

Embarquement planétaire dans le bateau ivre de la crise systémique

DéCRYPTAGE - Actu-Environnement.com - 11/03/2009 
 
Le système financier mondial est en cours d'implosion. À force d'avoir spéculé sur la dette plutôt qu'avoir misé sur l'économie réelle, le capitalisme de casino s'apprête à léguer à la société un gouffre d'irresponsabilité, tant sociale qu'environnementale.
 
 
© Torian
La démesure de la dette financière s'affiche, telle une béance, dans les courbes ascendantes de déficits qui vibrent en rouge dans le début d'une longue nuit. En 2008, le montant des prêts hypothécaires américains se chiffrait à 11 000 milliards de dollars, dont 60% étaient « titrisés » sous forme d'obligations vendues au public. Le taux d'endettement de la France devrait s'approcher de 80 % du PIB à la fin de l'année 2010, rapporte mardi 3 mars, Le Figaro1 en citant une source gouvernementale. Ce taux, actuellement de 66 % du PIB, augmenterait de sept points par an jusqu'en 2010, assure cette même source. La dette dépasserait alors les 22.000 euros par Français, constate le quotidien. Plus tôt dans la journée, le premier ministre François Fillon avait estimé sur Europe12 qu'aucun plan de relance ne permettra d'éviter la crise […]Personne aujourd'hui ne peut savoir quand on sortira de cette crise. Ce qu'on sait, c'est que toute l'année 2009 sera une année de crise, avait-il affirmé, pressentant le caractère hors d'échelle du phénomène et formulant un aveu d'impuissance sidérée.

A l'échelle des Temps Modernes, l'apothéose du capitalisme aura finalement été de courte durée : ascension des Trente Glorieuses à partir des années cinquante, libéralisme sans entraves dans les années 80, achèvement de la dérégulation financière jusqu'à nos jours. Mais dans ce bref laps de temps, 
le système lègue une ardoise gigantesque, une panne du système, un credit crunch, tant économique qu'écologique. Le découplage du capitalisme financier par rapport à sa base de survie n'a cessé de s'accentuer. Et les remèdes proposés par les plans de relance ici et là tournent tous bon an mal an autour de mêmes recettes éculées, autant de manières de soigner le mal par le mal : renflouer les caisses des banques pour relancer la consommation et revenir à l'état antérieur, un retour à la « normale » du cycle de la croissance consumériste   et productiviste. Comme si le socle du vivant et le tissu social pouvaient indéfiniment continuer à soutenir la perpétuation de la consommation et de l'endettement, sans autre forme de projet existentiel et politique. Pourtant, et la présente « crise » le démontre, la survie du capitalisme lui-même suppose que toutes les instances de la société et de la nature ne soient pas gangrenées par la dette.

Un système global hors d'usage

Or n'est-ce pas la pulsion de l'avidité sans limites d'un système vorace, où la richesse des uns est fondée sur l'endettement des autres, qu'il faut questionner au nom d'un nouveau modèle de société fondé sur d'autres valeurs ? C'est sans doute le moment ou jamais
. Selon les experts du LEAP/Europe, un groupe européen de réflexion prospective, la crise économique pourrait évoluer vers des situations de chaos social, faites de violentes révoltes populaires. Dans son dernier bulletin, daté du 15 février, le LEAP annonce le début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale, après quatre grandes phases de déclenchement, d'accélération, d'impact et de décantation. Selon le LEAP, les dirigeants du monde entier n'ont pas tiré les conséquences de l'effondrement en cours du système qui organise la planète depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, à ce stade, il n'est plus vraiment permis d'être optimiste en la matière. Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants persistent à faire comme si le système global en question était seulement victime d'une panne passagère et qu'il suffisait d'y ajouter quantité de carburants (liquidités) et autres ingrédients (baisse de taux, achats d'actifs toxiques, plans de relance des industries en quasi-faillite,…) pour faire repartir la machine. Or, et c'est bien le sens du terme de « crise systémique globale », le système global est désormais hors d'usage. Il faut en reconstruire un nouveau au lieu de s'acharner à sauver ce qui ne peut plus l'être.

Renforcer les filets de sécurité

Il importe que les dirigeants qui nous gouvernent encore prennent au sérieux la menace de dislocation des Etats et des équilibres géopolitiques, en protégeant ce qui constitue la base de la cohésion sociale : les écosystèmes qui assurent la vie sur Terre, les services publics, en particulier la sécurité sociale et les soins de santé, le soutien à l'agriculture, bientôt confrontée à la hausse du prix des semences. Des systèmes alternatifs de financements, tels que le micro-crédit, mériteraient d'être développés, ainsi qu'un système bancaire coopératif, soustrait à la spéculation, au service de l'intérêt général. La mise en place massive et rapide de tels filets de sécurité minimiserait le ressentiment de l'opinion publique et des ménages, actuellement sommés de payer la facture du désastre et qui, demain, pourraient rejoindre des meutes violentes et instituer des régimes autoritaires. Plutôt que réinjecter sans condition des milliards d'euros dans un système vicié, il s'agit de financer des biens et des services qui fassent sens par rapport à la production d'un système échelonné sur les besoins vitaux : respirer, se nourrir sans s'empoisonner, produire des aliments sans saccager, circuler sans polluer, se loger et se chauffer à un prix raisonnable dans des logements à basse consommation, accéder à la culture et à l'éducation, se former, ménager les ressources naturelles, produire une électricité sans conséquences périlleuses pour les générations futures...

C'est au moment où la crise explose que la commission Stiglitz sur les nouveaux indicateurs s'apprête à livrer son rapport au président de la République. 
Il s'agit d'intégrer au PIB les coûts d'ordinaires non comptabilisés des dégradations écologiques liées, par exemple, à l'étalement urbain, et de donner une valeur à des activités non marchandes telles que le bénévolat. Il s'agit de quantifier, à travers l'indicateur d'empreinte écologique, la surface en hectares nécessaire à fournir les ressources consommées, et à fixer des seuils de soutenabilité liés à l'évaluation de la biocapacité des écosystèmes : en d'autres termes, quantifier la dette écologique. Il s'agit aussi de systématiser les bilans des émissions de CO2 et de les rendre visibles, afin, éventuellement, de prélever enfin des taxes sur les pollueurs. Le bien être, la qualité de la vie sont aussi à prendre en considération pour forger le nouveau système de valeurs, qui devrait être au cœur de l'agenda du G20 début avril, si toutes ces recherches ne sont pas vaines.

Une nouvelle ère de responsabilité

Les atermoiements des Européens autour du bouclage du marché des quotas de CO
2 contrastent avec la détermination exprimée par Barack Obama le 26 février devant le Congrès. Dans le cadre de son projet de budget, le président des Etats-Unis a en effet confirmé son intention de mettre en place dès 2012 un marché des émissions de CO2 de manière encadrée : d'emblée, l'accès à ce marché sera payant pour les entreprises, alors que l'Union européenne a prolongé la phase de gratuité des quotas aux industriels pour les trois prochaines années, se privant ainsi d'une manne financière dont elle aurait bien besoin pour faire face à la banqueroute générale. Aux Etats-Unis, les recettes du marché carbone s'élèveront à 80 milliards de dollars chaque année, dont 65 seront affectés aux familles en difficulté et aux entreprises pour aider à la transition vers une économie fondée sur l'énergie propre. En Europe en revanche, l'affectation de ces recettes dépendra de la bonne volonté des Etats. 

Pour le moment, la sur allocation initiale de quotas aux industries lourdes, conjuguée avec la récession actuelle, a fait chuter le prix du carbone. A 10 euros la tonne, le système européen de quotas est totalement dépourvu d'intégrité environnementale. A ce prix, mieux vaut continuer à polluer et à ne pas investir dans des installations propres dans les pays du Sud. Ironie du dispositif, les industriels se servent de leurs quotas pour renflouer leurs caisses : les pollueurs se retrouvent payés par les Etats eux-mêmes, qui leur ont consenti cette manne gratuitement. Autre aberration : c'est grâce à leurs éoliennes que les entreprises d'électricité allemandes ont pu vendre des crédits carbone supplémentaires aux pays de l'Est. En regard des financements qu'il faudrait mobiliser dans la lutte contre les changements climatiques et leurs conséquences, estimées à 175 milliards d'euros par an autour de 2020, ces mesures paraissent dérisoires. Mais les Européens, en quête de nouvelles sources de revenus, pourraient à l'avenir accorder une attention plus vive aux propositions novatrices de contributions carbone telles que celles formulées par la Suisse, la Norvège et le Mexique. En attendant, la disproportion entre les moyens et les fins demeure frappante. Sans doute parce que la réalité de la crise systémique n'est pas encore perçue comme devant inciter à un renversement des valeurs. 

Agnès SINAI

© Tous droits réservés Actu-Environnement
 
 
 
 

lundi 16 mars 2009

CONCEPTS CENTRAUX DE KEN WILBER

CONCEPTS CENTRAUX DE KEN WILBER

LES VINGT PRINCIPES
Dans Sex, Ecology, Spirituality Wilber décrits les "Vingt Principes" def philosophie holonique qui sont communs aux systèmes en évolution ou en croissance où que nous les trouvions (en fait, il n'y en a que 19, mais qu'importe?)

L'ERREUR PRE-TRANS 
La contribution théorique la plus importante de Wilber à la compréhension de la nature du développement spirituel a été appelée "l'erreur pré trans". Nous tendons à mélanger les états prépersonnel et transpersonnel parce que tous deux sont non-personnels.

LES CINQ PHASES 
Wilber a divisé son propre développement intellectuel en cinq phases, appelées simplement Wilber-1, Wilber-2, Wilber-3, Wilber-4 et plus récemment Wilber-5. La plupart des critiques répondent à du travail des phases précoces, et n'ont pas une compréhension à jour de l'œuvre de Wilber.

LES QUATRE QUADRANTS 
Une compréhension intégrale de la conscience humaine devrait au moins inclure les dimensions extérieures et intérieures, aussi bien dans leurs manifestations individuelles que collectives. Ce modèle à Quatre Quadrants constitue le principe directeur du travail le plus récent de Wilber.

PHILOSOPHIE INTEGRALE
Plus que toute autre école de pensée, la philosophie intégrale combine le meilleur du prémodernisme, du modernisme et du postmodernisme, tout en évitant ses formes extrêmes d'expression.

LES DIX NIVEAUX 
Le modèle à étapes que propose Wilber se compose de quatre étapes prépersonnelles, trois étapes personnelles et trois étapes transprepersonnelles, -- en tout, un modèle de développement humain en neuf étapes. Chacune de ces étapes peut être corrélée avec des formes spécifiques à cette étape de pathologies et de thérapies.

POLITIQUE INTEGRALE 
Au cours de ces dernières années, Wilber a étendu son approche intégrale au champ de la politique. Sa vision est celle d'une spiritualité libérale, un humanisme mystique, qui s'étend à gauche, à droite et "vers le haut" -- les étapes du développement humain négligées par les deux parties.

INVOLUTION ET EVOLUTION 
La vision de Wilber est évolutionnaire du début jusqu'à la fin. Il voit le développement non seulement dans la nature, mais aussi dans la culture et la spiritualité. Cependant, l'évolution est sous-tendue par le processus mystérieux d'involution.

TROIS TYPES DE SCIENCE 
Wilber a réécrit la philosophie de la science de façon non seulement à ancrer les sciences naturelles et sociales, mais aussi à dégager de l'espace pour un troisième type de "science": la méditation ou recherche intérieure, qui suit les mêmes étapes formelles que les deux autres types de science types de science.

HOLONS 
Un concept central de la philosophie de Wilber est le concept du holon, qu'il a emprunté à Arthur Koestler. L'idée est de que tout est non seulement un tout, mais fait aussi partie d'un plus grand tout.

KOSMOS 
La perception du kosmos selon Wilber est très différente de celle de physique, qui tient la matière pour pour la seule "vraie" réalité. Pour faire de la place à d'autres dimensions d'existence, Wilber a emprunté le terme Pythagoréen "Kosmos".

POSTMODERNISME 
Le modernisme croit naïvement au progrès, le postmodernisme a nié toutes les conceptions d'étapes comme étant ethnocentriques; le postmodernisme ou l'intégralisme constructif s'efforce de trouver le modèle caché derrière toutes les cultures et les vues.


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Traduit par Eric de Rochefort 




UN REPORTAGE SUR AUROVILLE



Partie 1. http://www.dailymotion.com/video/edit/x7ya38_auroville-la-vie-simple-13_travel 

Partie 2. http://www.dailymotion.com/video/edit/x7ya3n_auroville-la-vie-simple-23_travel 

Partie 3. http://www.dailymotion.com/video/edit/x7yaqk_auroville-la-vie-simple-33_travel 

Est-il possible d'imaginer une ville où la surproduction, le chômage, l'inflation et l'appât du gain seraient inconnus, où la capacité de consommer ne déterminerait pas la supériorité de certains citoyens sur les autres, où l'air et l'eau seraient libres de toute pollution, où l'activité politique ne serait pas une course au pouvoir, au prestige et au profit personnels, où l'on ne saurait que faire d'un appareil policier et judiciaire? pourtant, c'est ce que veut être Auroville! 
Alors qu'elle dirigeait l'ashram de Shri Aurobindo, la Mère1 résumait ainsi le «rêve» du Maître en regard de l'avenir de l'humanité:«Il devrait y avoir quelque part sur terre un lieu qu'aucune nation ne pourrait revendiquer pour sa propriété exclusive, où tous les êtres humains de bonne volonté, sincères dans leur aspiration, pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la Suprême Vérité, un endroit de paix, de concorde, d'harmonie, où tous les instincts guerriers de l'homme pourraient être utilisés exclusivement pour conquérir les causes de ses souffrances et de ses misères, pour surmonter sa faiblesse et son ignorance, pour triompher de ses limitations et incapacités; un lieu où les besoins de l'esprit et le souci du progrès auraient préséance sur la satisfaction des désirs et des passions, sur la recherche des plaisirs et jouissances matérielles. En ce lieu, les enfants pourraient croître et se développer sans perdre contact avec leur âme.

samedi 14 mars 2009

Presentations à l'Université Intégrale de Brian Van Der Horst

Cher Collègues ;
 
FYI, vous pouviez trouver et télécharger mes présentations PowerPoint pour Octobre et cette semaine  sur « Laszlo comparé à Wilber », et « Integral Economics »
 
Amitiés,
 




lundi 9 mars 2009

Au-delà de la crise, penser la « nouvelle civilisation »…

Au-delà de la crise, penser la « nouvelle civilisation »…

 

 

 

Michel Saloff Coste, chercheur et fondateur du cabinet conseil en management MSC et associés, s'inquiète des mesures de court terme adoptées pour tenter de résoudre l'une des plus graves crises économiques de notre temps. Il s'alarme aussi du décalage croissant entre des modes de gouvernance et de management des entreprises, et l'évolution générale de la société. Pour lui, la crise est un symptôme d'un phénomène bien plus profond, l'émergence d'une « nouvelle civilisation » dont il décrit toutes les caractéristiques. Éléments de vision à la fois critiques et prospectifs, pour « un management du troisième millénaire ».

 

 

- Quelles réflexions, quelle analyse personnelle vous inspire la crise et cette période tout à fait singulière que nous vivons aujourd'hui ?

- Dans de telles situations de crise, il est impératif de garder son sang-froid. Toute réaction « à chaud » risquerait en effet de générer des effets pervers et contreproductifs. Notamment, en se trompant de diagnostic, les décisions prises pour tenter de porter remède à la crise pourraient au contraire la précipiter et l'aggraver. Cette question du diagnostic me paraît actuellement d'autant plus importante que la crise que nous traversons est profonde. Pour ma part, la gravité de la crise ne me surprend pas, puisque dans ma réflexion présentée dans « le Management du troisième millénaire »*1, initiée dans les années 80 et qui a donné lieu à une publication en 1990, j'expliquais que nos économies avancées fonctionnent de telle façon qu'elles allaient connaître une crise majeure. Pour moi, le diagnostic est clair : nous traversons une vraie « crise de civilisation ». Nous sommes de plus en plus nombreux à partager ce point de vue, aux côtés d'Edgar Morin et de Thierry Gaudin notamment.

 

- En quoi pousser plus loin l'analyse devient aujourd'hui urgent, et l'absence de réflexion sur ce thème vous inquiète-t-elle ?

- Si la crise des subprimes et du système financier n'était qu'une spéculation de plus, sur un fond de croissance mondiale infinie, alors nous repartirions comme par le passé. Mais ce qui fait la gravité de cette crise, c'est que, précisément, elle s'inscrit dans un contexte tout à fait particulier. L'idée d'une croissance mondiale de l'ordre de 5 à 10% qui nous permettrait de payer à la fois les dettes de nos États, les systèmes de protection sociale - y compris en Inde et en Chine - dans un système qui continue à rémunérer toutes les parties prenantes, devient impossible, parce qu'insoutenable pour la planète et ses habitants. Les subprimes aux Etats-Unis, à ce titre, peuvent déjà apparaître comme une tentative de distribuer du pouvoir d'achat pour que le système se survive à lui-même et que des intermédiaires se rémunèrent « comme avant ». C'est pourquoi apporter des solutions à cette crise uniquement en tirant les leçons des années 30 me paraît très insuffisant. Bien sûr qu'il s'agit pour les États d'actionner tous les leviers d'une relance keynesienne – réamorcer la pompe du crédit, investir massivement dans des plans de relance par les grands travaux et des plans de relance de la demande. Ces trois leviers sont absolument nécessaires pour ne pas bloquer le système à très court terme. Mais la vraie question qui n'est pas traitée aujourd'hui, à la fois par les politiques, les banques, les entreprises, c'est à quoi ressemblerait une économie qui continue à croître et à se développer, dans un monde fini et aux ressources limitées. Parce que la croissance, c'est la vie ! Et à quoi ressemblerait une civilisation fondée sur d'autres principes que celle qui vient de s'achever ?

Effectivement, je suis profondément inquiet, car si l'on fait l'impasse sur le diagnostic, le risque est grand que le patient ne se réveille après la crise encore plus malade. Aujourd'hui, ce sont les États qui prennent le relais des banques. Avec le risque, demain, que les États entrent en faillite… L'urgence est donc qu'une vraie réflexion démarre. Or vous ne voyez poindre cette réflexion ni à droite, ni à gauche.

 

- Que préconisez-vous dans cette situation d'urgence ?

- Nous entrons dans un moment très dangereux, où personne, parmi les hommes politiques, les dirigeants de multinationales, ne pourront dire, face à la multiplicité des rapports ou des alertes, qu'ils ne savaient pas ! Ne pas prendre les virages devient un acte d'irresponsabilité majeure. Alors oui, adoptons les mesures de très court terme qui permettront, nous l'espérons tous, de relancer temporairement la machine. Mais après ? Sur les milliards injectés pour la relance, ne peut-on pas conserver quelques moyens pour réfléchir à ce qui sera possible et souhaitable demain ? Un dirigeant dans le monde, Nicolas Sarkozy, a eu très tôt l'intuition de dire qu'il s'agissait de « refonder le capitalisme », et de mener « une autre politique de civilisation ». Les mots sont forts, et le diagnostic est juste. Mais où est le comité de recherche pour travailler sur ce futur modèle de civilisation et les modèles économiques qui lui sont associés ? Les 1000 milliards injectés dans l'économie pour sauver le système bancaire, vont-ils accélérer et précipiter la mort du système précédent, comme l'injection d'amphétamines à un mourant ? Certains États sont au bord de la faillite, et beaucoup d'entre eux, demain, n'auront plus les marges de manœuvre nécessaires pour agir du fait de leur endettement. Devant les masses financières mises sur le marché, des économistes redoutent de surcroît des phénomènes d'hyper-inflation à moyen terme. Tout le monde met sa dernière cartouche pour sauver le système ! Face à la gravité de la situation, il ne s'agit plus de se réclamer de la droite ou de la gauche. Chacun doit apporter sa contribution pour repenser les liens entre matières premières, capital, travail, production. C'est cette chaîne-là qui est à réinventer.

 

- Précisément, dès « le Management du troisième millénaire », vous pressentiez l'émergence d'une nouvelle ère et vous en dessiniez les contours. Quels signes avant-coureurs vous permettaient d'établir ce constat ?

- Faisons un bref retour en arrière : les fondements de la société du commerce et de l'industrie sont apparus entre le XVIIème et le XVIIIème siècles. Ils ont été érigés sur les vestiges de l'ère précédente, celle de l'agriculture-élevage, dont la finalité était le maintien de structures hiérarchiques à l'identique (monarchie absolutiste, aristocratie, corporations…). Les modes de management dominants de l'agriculture-élevage étaient l'ordre, le contrôle. Or au XVIIIème siècle, on a vu poindre des concepts très novateurs – l'Égalité, la citoyenneté, les principes de séparation de pouvoir, et puis la démocratie, réinventée sur les bases de la démocratie grecque. Dès lors, les élites aux capacités guerrières, dédiées à la conquête du territoire dans l'ère de l'agriculture-élevage, ont laissé la place à des élites reconnues selon leur mérite et leur capacité à générer de l'argent. La compétition, la négociation, mais aussi l'avancement, la progression en professionnalisme et en rémunération, ont pris toute leur place dans cette société-là ; la guerre de territoires a laissé la place à la guerre économique. En parallèle, un nouvel état du monde s'est construit autour du concept de Nation et du développement des démocraties.

Dès les années 70-80, j'ai pris conscience –avec d'autres sociologues et philosophes comme Edgar Morin, ou Thierry Gaudin, président de Prospective 2100 - que nous étions arrivé àla fin de cette ère ; j'ai commencé à réfléchir sur les contours de la nouvelle période qui allait se présenter à nous. Quels sont les éléments de fond qui la caractérisent ? Au XVIIIème siècle, bien sûr, il était difficile d'imaginer que l'homme puisse, un jour, atteindre les limites de la planète. L'état de développement des sciences, le degré d'utilisation des ressources naturelles, étaient loin de le laisser supposer à l'époque. Or la deuxième partie du XXème siècle a signé l'heure de cette prise de conscience. En 1972 exactement, le club de Rome, rassemblant des scientifiques, des économistes, des chercheurs de 53 pays, a émis un rapport baptisé « Halte à la croissance » qui a fait date et suscité le débat. Pour la première fois, grâce à l'utilisation de la puissance des premiers supercalculateurs, des experts issus de nombreuses disciplines ont pu extrapoler les tendances en cours, et montrer qu'une croissance infinie, sur une planète à la géographie et aux ressources finies, n'était plus possible, et qu'elle aurait pour effet de faire imploser notre monde à l'horizon 2100. Les tenants de ces thèses ont été taxés de catastrophisme. Mais depuis, force est de constater que les nombreuses mesures et observations collectées – accumulation des gaz à effets de serre, réchauffement climatique, disparition de nombreuses espèces… - leur ont plutôt donné raison, et même plus rapidement que prévu. Tout montrait déjà, dans ce rapport, que l'on ne pouvait plus raisonner et fonctionner « business as usual ».

 

- Ce constat a aussi donné naissance au courant de la décroissance. Comment vous en distinguez-vous ?

- Nous pouvons être d'accord sur les constats, sans l'être tout à fait sur les conclusions à en tirer. Des observateurs se sont par exemple saisis de ces évolutions pour condamner la notion même de progrès. Ce n'est pas mon propos. Le progrès, c'est un fait, a apporté beaucoup à l'humanité, dans le domaine de la santé, de l'hygiène, de l'élévation des niveaux de vie et du mieux-être des populations. On ne pourra revenir complètement en arrière sur tout ceci. D'autres courants ont aussi condamné le capitalisme, accusé de tous les maux. Certes, le système capitaliste comporte des faiblesses et il a déjà traversé de nombreuses crises. Mais là encore, la question n'est pas tant pour moi de condamner le modèle, que de discerner ce qui peut prendre la suite dans un monde que nous savons limité, et de comprendre ce que peuvent être, dans un tel contexte, les valeurs, la culture, les principes de fonctionnement, d'une nouvelle civilisation. Cette civilisation, je l'ai décris dans le management du troisième millénaire comme celle de la société de l'information et de la création, qui vient poursuivre la société du commerce et de l'industrie.

 

- Quels grands traits caractérise cette nouvelle civilisation ?

- L'ère de la création et de la communication se définit dans tous les domaines par contraste avec les ères qui l'ont précédée. En étudiant l'ère de l'industrie et du commerce, on peut clairement séparer trois grande phases distinctes : une première phase, jusque dans les années 60, où l'offre est inférieure à la demande. À ce moment-là, le facteur clé déterminant de la création de valeur est le capital. C'est en effet le capital qui permet la construction des grands sites de production, qui serviront à proposer des produits sur un marché à forte demande. Or dans les années 70, commencent à apparaître des dysfonctionnements. Les systèmes communistes produisent des biens de masse, mais en étant incapables d'ajuster l'offre à la demande ; le système libéral, lui, sait parfaitement adapter l'offre à la demande en recourant notamment au marketing, aux études de marché, à l'écoute client ; mais dans le même temps, il convainc le consommateur d'acheter toujours plus. Le citoyen tend dès lors à se transformer en consommateur. On passe d'une économie de marché à une société de marché, où tout se met à tourner autour de l'économique.

Dès « le Management du troisième millénaire », je posais que la création de valeur ne résultait pas uniquement, comme au plus fort de l'ère de l'industrie et du commerce, de la valorisation classique du capital investi. De même, le couple capital-outil de production, qui est au cœur du processus de création de valeur de la société industrielle, se marginalise. Ce qui devient essentiel, dans la nouvelle ère, c'est l'accès à l'information et la capacité à créer une information innovante. Pourquoi ? Parce que le passage d'une économie de la demande à une économie de l'offre, dans les années 70, a introduit l'innovation comme un facteur-clé de compétitivité. Les entreprises ont besoin d'idées afin de se diversifier dans un contexte de concurrence accrue. Ce mouvement ne cesse de s'amplifier : la nouveauté, qui était à l'origine un « plus », devient une condition nécessaire pour exister. Ce qui fait la valeur n'est donc plus la capacité de production. Ce qui permet d'écouler et de vendre avec profit un produit, c'est sa « nouveauté », le caractère créatif et innovant du produit.

De ce fait, le facteur de production différenciant n'est plus le capital, mais l'intelligence créatrice et proactive. Quelques exemples illustrent parfaitement cette idée. General Motors, par exemple a fait preuve de réactivité en renouvelant sans cesse son offre de 4x4 au moment où les Américains désiraient acheter ce type de véhicules. Mais Toyota a mieux senti et ancipité la transformation planétaire. Le groupe japonais s'est lancé dans la recherche sur les véhicules hybrides, de façon pro-active, quand personne ne réclamait de tels produits. De même, Steve Jobs n'a jamais lancé et trouvé d'inspiration dans les études de marché pour lancer le Macintosh, l'iPod et l'iPhone, tout simplement parce que les besoins, au moment où ont été créés ces produits, n'existaient pas. C'est cela la différence entre la réactivité et la pro-activité. Dès lors, pour les entreprises -  et j'ai défini cela dans un second ouvrage, le Dirigeant du troisième millénaire - le défi consiste à adopter un management qui repose sur l'écoute, la valorisation des caractéristiques personnelles, l'épanouissement collectif et individuel. Cela en s'appuyant et en maîtrisant les modes de management qui ont précédés lors des trois autres ères – la fascination, l'instinct, l'enthousiasme dans l'ère chasse-cueillette, l'organisation hiérarchique, l'ordre, le contrôle de l'agriculture-élevage, la compétition, la négociation, l'intéressement aux résultats de l'ère du commerce et de l'industrie… Mais il s'agit de replacer toutes ces dimensions du management au service du processus créatif.

 

- Vous avez aussi évoqué bien d'autres traits de cette nouvelle civilisation. Quels sont ceux qui vous paraissent les plus centraux, et que doivent connaître les dirigeants d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur environnement  ?

- Comme nous l'avons évoqué, l'ère industrielle est avant tout basée sur les techniques, la capacité à maîtriser et à mobiliser l'énergie, et le développement des sciences, qui ont permis de connaître et d'approfondir le monde de l'infiniment grand et de l'infiniment petit. La grande caractéristique de la nouvelle ère, et chacun peut en faire le constat, c'est le développement extraordinaire de l'informatique.

De même, le pétrole, le nucléaire, étaient des énergies placées au cœur de l'ère industrielle, dominée par le modèle de la voiture et celui de l'agriculture industrielle, rendue possible à la fois par le développement du machinisme agricole et des engrais, eux-mêmes dérivés du pétrole. Or l'énergie clé de la nouvelle civilisation, c'est la circulation de l'information, la capacité à la comprendre, à la transformer et à la proposer avec une valeur qui apporte une différence et réponde à des aspirations fondamentales de l'homme. Google, les réseaux sociaux, correspondent en cela parfaitement aux innovations caractéristiques de cette ère. Inventer un moteur de recherche qui permette d'avoir accès à une multiplicité de connaissances disponibles sur la planète, relève bien de l'essentiel pour nos sociétés. Le ressort de ces innovations n'est plus le pétrole, mais la création, l'intelligence, l'innovation.

Le pouvoir, ensuite, n'est plus lié à la détention du capital, mais à la capacité de faire émerger de l'altérité et de la différence. Si l'on n'est pas capable de créer de la différence, de révéler des besoins profonds, authentiques, qui répondent dans le même temps à un développement durable de l'homme, alors on ne crée pas de valeur dans la société de la création et de la communication.

Tout cela nous amène aussi à une nouvelle manière de penser le monde. À l'ère de la chasse-cueillette ont prévalu les animismes. L'ère de l'agriculture et de l'élevage a vu le développement des grands monothéismes. L'âge du commerce et de l'industrie est celle du triomphe de Descartes, c'est-à-dire de la pensée scientifique mécaniste. Or le moteur de pensée de l'ère de la création et de la consommation, c'est la pensée systémique. Apparue dans les années 50, elle a notamment été diffusée en France par Joël de Rosnay* et Edgar Morin. Mon ouvrage « le Management du troisième millénaire » est une tentative pour appliquer la pensée systémique à la dimension économique et entrepreunariale. Aux Etats-Unis, Peter Senge, dans « la Cinquième discipline »*3, adopte à peu près au même moment une approche identique. La nouveauté de la systématique consiste à substituer à une pensée mécaniste scientifique, qui pense la réalité comme une succession de relations et chaînes de causes à effets, une réalité beaucoup plus complexe, faite d'un ensemble de systèmes qui interagissent entre eux. Cette nouvelle appréhension de la réalité constitue une rupture majeure. Jusqu'alors, les sciences et tous les champs de la connaissance étaient appréhendés dans des processus de décomposition qui séquençaient la réalité en sous-domaines de spécialités. Notre civilisation a ainsi des connaissances approfondies sur une toute petite partie des savoirs, et une grande méconnaissance du tout. Or il est fondamental aujourd'hui d'aborder les problèmes dans leur globalité. La crise écologique, par exemple, est une crise du tout, et non de la partie. Le premier apport de la systémique est la découverte des inter relations et interactions qui gouvernent le monde, et vient poser la nécessité des approches transdisciplinaires. C'est notamment ce constat qui a conduit plusieurs chercheurs français à créer, en février 2008, l'Université Intégrale*4. De nombreux think tank se sont déjà constitués par le monde selon cette philosophie, comme la New Economics Foundation*4, ou le Club de Budapest*5.

 

- Dans cette nouvelle ère, l'information occupe une place tout à fait majeure. Pouvez-vous détailler cette dimension ?

- Sous l'ère de la chasse-cueillette, prévalaient la communication orale et le bouche-à-oreille. L'ère de l'agriculture-élevage est celle de l'écrit, qui a permis la naissance d'une approche historique, et la création, finalement, de l'Histoire. L'ère de l'industrie et du commerce a vu le développement extraordinaire de l'imprimerie et celle des mass-media. La grande rupture de l'ère de la création et de la communication, c'est celle du développement des réseaux, qui dépassent de loin les mass media, parce qu'ils font de nous à la fois des émetteurs et des récepteurs. Nous ne sommes encore qu'au balbutiement des sociétés en réseau, mais ses implications sont multiples. Nous passons ainsi d'une société où des dirigeants et des élus gèrent une information peu fluide, à un monde de diffusion et d'interactions en temps réel entre dirigeants et citoyens. Cette nouvelle civilisation d'individus qui ne cessent d'échanger entre eux a également comme caractéristique de faire évoluer leur conscience en temps réel. Nous sommes à ce titre les premiers êtres humains à naître dans un système de représentation donné, à se développer et à apprendre à vivre dans d'autres systèmes de représentation, avant de mourir dans un autre encore différent. Pour chacun d'entre nous, le temps s'accélère, nous sommes appelés à changer au moins tous les dix ans de métier, et ces changements s'accompagnent à chaque fois de bouleversements de nos systèmes de représentation. Du fait de la globalisation et de la communication en réseaux, nous sommes de surcroît sans cesse confrontés à d'autres cultures, à d'autres systèmes de représentation du monde, qui viennent réinterroger les nôtres. C'est en ce sens que je pense que la création, dans cette nouvelle ère, tient une place fondamentale. Dans les domaines des sciences, de l'art, de la philosophie, la création vient constamment réinitialiser le cosmos sur de nouvelles bases. Ce n'est d'ailleurs par un hasard si, à l'heure où se développaient les théories d'Einstein sur la relativité, Kandisky concevait en 1910 sa première toile abstraite. Les créateurs nous invitent sans cesse à porter un nouveau regard sur l'ensemble de nos représentations, et réinitialisent notre vision spirituelle du monde. Tout cela ne nous éloigne pas du management, bien au contraire : dans le monde de l'entreprise, des sociétés comme Google, Apple, ont su générer des innovations porteuses de nouvelles visions de la société.

 

- Votre analyse remonte au milieu des années 80. N'êtes-vous pas surpris par la justesse avec laquelle la réalité vous donne raison sur tous ces points ?

- Ce qui me surprend, ce n'est pas tant la rapidité avec laquelle les techniques que je décrivais – l'informatique, les réseaux… - sont venues s'inscrire dans notre quotidien, mais c'est plutôt l'aspect spectaculaire avec lequel la société de la création et de la communication s'est imposée. La royauté a mis 1000 ans en France pour s'affirmer pleinement, la dynastie Rothschild 100 ans, Microsoft 10 ans, et Google un an ! Et le plus étonnant, de mon point de vue, est le temps de réaction qu'il faut pour que les hommes politiques construisent un discours adapté. Cela s'explique fort bien, puisque la plupart d'entre eux restent enfermés à l'ère du commerce et de l'industrie. Ils ne sont pas les seuls. Tous les grands appareils – les partis politiques, les syndicats, les Universités, la presse… - nés au XIXème siècle, se pensent encore sous cette ère-là. Ces modes de pensée deviennent obsolètes. Un point me surprend encore : lorsque j'écrivais « le Management du troisième millénaire », je pensais qu'il y aurait dans le futur beaucoup moins de manifestations spectaculaires dans les techniques et l'instrumental, mais beaucoup plus d'efforts dans la réflexion et la recherche sur la nouvelle civilisation en émergence. D'ailleurs, il y a 20 ans en arrière, je n'avais aucun souci pour trouver des financements qui permettent d'explorer ces voies innovantes. Aujourd'hui, alors que ces réflexions deviennent urgentes, les difficultés pour trouver des financements sont extrêmes ! Encore un autre point d'étonnement : je n'avais pas non plus anticipé que les limites de planète surgiraient aussi rapidement sous nos yeux, de toutes parts.

Et pourtant, nous sommes dans l'incapacité de penser tout cela ! D'où la nécessité d'investir dans cette réflexion novatrice, de créer des échanges, des interactions entre les centres de recherche, et de promouvoir, comme il y a eu des chambres de commerce et d'industrie pour accompagner l'ère précédente, des chambres de réflexion et de communication fonctionnant en réseaux !

 

- Pour finir, qu'est-ce qui vous donne l'espoir que la société progresse dans la prise de conscience des changements à opérer ?

- Rappelons-nous qu'une crise, ce sont à la fois des risques et des opportunités. Or la France a de grandes opportunités devant elles. La plupart des penseurs qui ont évoqué cette nouvelle civilisation de l'immatériel – qu'il s'agisse d'Edgar Morin, de Thierry Gaudin, de Joël de Rosnay - sont Français. Lors du passage de la civilisation de l'agriculture-élevage au commerce et à l'industrie, la France a déjà su inventer des concepts clés, comme la séparation des pouvoirs, la démocratie moderne ; le Code Napoléon a aussi été repris dans le monde entier. Nous vivons une période historique où la France pourrait prendre la tête d'un mouvement. On évalue entre 20 et 30% de la population totale le nombre de « créatifs-culturels » sensibles aux enjeux écologiques et planétaires, au droit et à l'émancipation des minorités, intéressés par les cultures dans leur diversité. Ce sont des individus qui font du développement personnel pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Ils sont dans des logiques proactives. C'est le parti des gens enthousiasmés par exemple par l'élection, aux Etats-Unis, de Barack Obama, qui ne sont ni de droite, ni de gauche, mais qui réfléchissent en terme de transformation de la société. Or il est capital aujourd'hui de mener ce travail collectif, car une nouvelle civilisation ne sort jamais de la tête de quelques-uns. Elle ne peut résulter que d'un grand débat mondial. Et tout nous invite aujourd'hui à devenir les créateurs de cette nouvelle civilisation !

 

 

 

*1Le management systémique de la complexité, aux éditions du Ministère de la Recherche, 1990. Réédition sous le titre, Le management du troisième millénaire, aux éditions Guy Trédaniel en 1991, 1999 et 2005.

*2. La Macrocospe, Joël de Rosnay*, Éditions du Seuil, 1975.

*3 Peter Senge, avec Alain Gauthier, « la Cinquième discipline », First Éditions, 1991.

*4 New Economics Foundation, Fondation pour les Nouvelles Économies ou Alternatives Économiques), créée au Royaume-Uni en 1986. La NEF est un groupe de réflexion et d'action travaillant à un « nouveau modèle de création de richesses fondé sur l'égalité, la diversité et la stabilité économique ».

*5 Réseau international sur les enjeux du futur rassemblant des personnalités comme Michael Gorbatchev, le Dalaï Lama. Il est actuellement présidé par le philosophe des sciences Ervin Laszlo.